Libre arbitre

Cette époque m’ennuie de sa complexité. Loin de me retourner sur un passé révolu pour en exhumer je ne sais quelle raison, je constate que nous avons tous, de notre vivant, un rapport très intime avec le temps qui défile. En puisant dans cette image de mon enfance, je mesure une période déjà longue qui continue de se produire, jour après jour, et, comme les êtres chers disparus, des échos tentent désespérément de remonter à la surface. Il n’en reste pas grand-chose, sinon des souvenirs ténus, fragiles, qui s’estompent.

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TEMPS REEL

Le véhicule s’éloigne avec humeur. Sophia pose son sac et sa guitare au bord de la route. La soirée s’annonce gaie. La jeune femme, philosophe, esquisse un sourire. Encore un salaud. Ce type l’a fait descendre parce qu’elle lui avait retourné une gifle sur le nez. Elle avait supporté sa main sur sa cuisse, mais pas son petit doigt sous son short. Et la voici maintenant toute seule dans le désert.

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Peuple

Je passe… du peuple aux peuples, peuplés, dépeuplés, dans des baies de lumière, des vents de sable, des zéniths alanguis des passages hâtifs, ou désespérés, ou fi de l’orage humain,  j’avance, mon peuple déployé, toi, ma sœur, seule, avec ton frère, ton époux, vers des havres gorgés, de promesses d’été…

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Attentats Made in France

Il y a une charge émotionnelle difficile à exprimer dans les œuvres de ceux qui utilisent l’art ou l’écriture à fin d’alertes. Je pense tout particulièrement à Nicolas Boukhrief et à son film Made in France, dont la sortie en salle, à cause des événements, a été reprogrammée sine die. Ne l’ayant pas vu, tout ce que je peux en dire est qu’il annonce, par la fiction, ce qui vient de se dérouler à Paris ce 13 novembre 2015. Peut-être, et je dis bien « peut-être », qu’il s’agit là d’un opportunisme mercantile lié à la sombre actualité mondiale, qui retentit d’attentats et alimente le cinéma d’une violence sans pareille, ou du désir de provocation d’un cinéaste de bousculer les esprits par un film dont la catharsis ne manquera pas de rassurer ses spectateurs.

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De tous ces jeunes gens

de tous ces jeunes gens, tombés ce 13 novembre 2015, ces jeunes filles et ces jeunes garçons pleins de vie, sous les balles de vivants-morts que certains appellent terroristes ou djihadistes, ou intégristes, ou kamikazes, mais qui ne sont rien d’autres, eux, dans leur jeunesse perdue, que de pauvres personnes en instance de mort clinique, réelle, accomplie dans l’anéantissement de leur être,

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Ronron

Les guerres n’arrivent pas comme ça
On les pressent
Elles sont tapies dans l’ombre dans l’attente de leur heure
Les assassins s’ignorent encore et l’honnête homme ne se doute pas de l’ampleur de l’injustice des hommes
Seuls les commerçants véreux et les voleurs fourbissent leurs armes, quant aux avocats marrons, ils suivront l’un et l’autre indifféremment, comme en temps de paix

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Attitudes

Je n’avais pas eu le choix
j’avais appris à détester, à les détester tous
vigilance chérie, tu m’as sauvé
intégrité souveraine, je te suis fidèle
mon point de vue, trop haut, trop affranchi
la franchise honnie, franc-parler destitué
l’humilité, coupable de vérité, d’amour
tout ce que ce monde rejette
au profit, oui au profit du profit
profiteurs sans labeur, puissants déterminés
monstration, quel horrible mot
gloire éperdue, recherchée, bien terrestre passager
images surfaites, composées, naturel anéanti

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