À la bibliothèque du Vatican

 

Extrait du livre « ANAËL »

Résumé de l’épisode précédent :

Anaël a été adopté par Michèle et Timothée, qui ont également un fils du même âge, Rémi.  Partie sur les routes, cette petite famille non-sédentaire se rend en Catalogne, où nos héros se trouvent projeté dans l’Espagne du XVIIIème siècle.  À la suite d’un évènement extraordinaire causé par Anaël, de retour au XXI° siècle, Michèle, écrivaine et biographe de son fils adoptif, se rend aux archives de la bibliothèque apostolique pour y chercher des traces de leur mésaventure. 

§§§

Des recherches fructueuses

Narration de Michèle

Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai décidé de faire des recherches sur le sujet, je m’étais souvenue que le Dominicain présent à cette si insolite consultation populaire tenait un grimoire, exactement comme nous nous servons d’un cahier sur nos genoux, il écrivait sur des pages vierges à la plume et à l’encre telle l’image que nous nous faisons des scribes, mais je vous dis cela, Anaël ne se souvenait déjà quasiment plus de rien, sa mémoire lui faisait défaut sur pas mal de choses, il avait pourtant entrepris d’écrire son épopée, que moi-même d’ailleurs, en lui rendant la pareille, n’est-ce pas, je vous l’ai déjà dit non, mais si, il avait fait de moi une écrivaine à succès, il m’avait poussée, coachée presque, et en retour je l’avais incité à faire de même, à noter ses pensées, c’était plus intéressant, je pense, que de commenter ses actes, je le faisais quand même mais bon, et il avait commencé à le faire, comme si c’était, disons, pour bifurquer je suppose vers la poésie, et plus particulièrement dans une sorte de roman d’heures, ou de récit ésotérique, voire apocalyptique, mais assurément prophétique en considération des évènements qu’il évoquait dans un livre, reconnaissons-le, des plus hermétiques.

Donc voilà, j’étais justement à la rédaction des anecdotes sur sa jeunesse quand j’eus l’idée de vérifier si cette date 1766 signifiait vraiment quelque part une chose qui eût trait à cet évènement à Sant-Feliu, cet épisode dont nous parlions il y a un instant et dont la narratrice vous a instruit tout à l’heure, mais à part des évènements liés à une disette chronique, dirais-je au vu de la gourmandise des nobles et des membres du clergé à cette époque, et d’une affaire peu significative, à mon sens, de chapeaux et de capes, ainsi que d’une ingérence étrangère dans les affaires du gouvernement, classique, je n’avais rien trouvé au musée d’histoire de la ville ni à la bibliothèque royale de Saint-Laurent-de-l’Escurial, magnifique d’ailleurs, les fresques aux plafonds valent le détour, mais sa collection ne collait pas avec mes recherches. Ne trouvant rien de probant sur le sol espagnol j’ai un peu perdu mon temps, bon, églises, couvents, ça nous promenait et Timothée adore la cuisine ibérique, aussi me suis-je tournée vers le Vatican, j’avais envie aussi de visiter sa bibliothèque, tout simplement, Sant-Feliu c’était un prétexte en fait, oui, je confirme, il a fallu que je fasse une demande en bonne et due forme, vous pensez, faire des recherches dans la bibliothèque apostolique, pénétrer ce haut lieu du savoir, ce privilège, car c’en est un, me fut accordé assez rapidement je dois dire — sûrement à cause de mes livres et de leurs commentaires sur la vie d’Anaël —, vous savez leur objet rejoint souvent des thèmes liés à la présence de Dieu sur Terre, et figurez-vous que le frère — un Dominicain lui aussi — chargé de veiller sur les trésors de cette éminente institution avait déjà répertorié mes ouvrages les plus difficiles d’accès, si j’étais étonnée, c’est vrai qu’après un certain nombre de conférences mes ouvrages avaient intégré de fameuses collections, mon éditrice y est pour beaucoup, et me voilà donc, un beau matin, un badge électronique pendu à une lanière autour de mon cou, priée de suivre ce prélat vêtu de blanc au cœur du Saint Graal, en tous les cas pour une lectrice comme moi passionnée d’histoire et de théologie c’est le nirvâna, et voilà que cet homme, d’ailleurs un Français, met à mon service tous les moyens de recherches possibles et inimaginables, ordinateur, wifi, et même du personnel pour que je retrouve l’écrit de ce fameux Dominicain du XVII° espagnol, sans leur dire, évidemment, que je l’avais personnellement rencontré quarante années auparavant, ils m’auraient prise pour une cinglée et j’aurais perdu mon accréditation.

Mis à part avec Timothée et mon fils Rémi, c’était un souvenir impossible à partager avec quiconque, pas même, comme je l’ai écrit plus haut, avec Anaël qui ne répondait pas toujours à mes lettres et qui ignorait volontairement, ou par oubli, l’usage des moyens de communication les plus usuels, que nous acceptons et utilisons communément sans plus nous en soucier, n’est-ce pas, quand on sait qu’il écrit encore avec un crayon de bois sur du papier vergé, quel luxe, au grand dam de Legrand, son éditeur, quand j’y pense, il s’arrache les cheveux celui-là, il a certes pris un risque conséquent en acceptant de relire son fouillis manuscrit, et de tout remettre en lisibilité, nous verrons, il en ressortira peut-être quelque chose, pourvu que Legrand parvienne à ramener à la vie normale notre ermite acadien, ah vous ne saviez pas, c’est en Guyane au fin fond de la forêt amazonienne qu’Anaël s’est retiré du monde, une lubie, je ne sais pas, bien sûr que je comprends ses motivations, après ce qu’il a vécu ça me paraît presque normal, aussi bien en tant qu’homme qu’en tant qu’entité céleste, désolée d’en parler ainsi, je sais, ce n’est pas facile à entendre non plus, mais ce sont des mots si simples, entité céleste, et à les écrire de cette manière, vous vous en doutez, j’avais évidemment alerté les veilles lexicales de toutes les congrégations religieuses du monde, quelles que fussent leur obédience.

La calèche du futur

Je vois que le temps presse, bien, sans rentrer dans les détails d’une recherche qui a pris plus d’une semaine, parce que le sujet lui disait quelque chose, le frère fouilla tant et si bien que nous trouvâmes, et ce fut d’ailleurs moi qui le vit la première, ce morceau de parchemin vieilli, mais intact, parce que je le reconnus pour l’avoir déjà vu, je vous l’ai dit, un prêtre le déposa sur un pupitre parfaitement éclairé et en lut le début, il prit ensuite le téléphone interne et s’entretint une minute avec une personne, le préfet-adjoint, me dit-il, un laïc, celui-ci vint jeter un œil au document et de même appela le directeur, ou préfet apostolique, qui à son tour fit venir l’archiviste et bibliothécaire de la Sainte Église romaine et je pensais que cela s’arrêterait ici mais on ne badine pas avec les miracles et les choses dépassant la compréhension entre ces murs bien au contraire on est plutôt dans la clarté, et je vois arriver à son tour un prêtre que l’on me présente comme le camerlingue, très poli, tous d’ailleurs très polis, et ils se mettent à observer ce manuscrit du dix-huitième, puis à parler, en italien, en français, et la discussion était vive, croyez-moi, ça parlait même avec les mains, et ils étaient à le lire et le relire, chacun son tour, à en tourner les pages avec des gants de coton, le frère en avait mis à leur disposition, donc ils l’analysaient en tous sens comme s’il s’agissait d’une relique et je vous assure que ça ne laissait personne indifférent, surtout quand un détail me revint à l’esprit, vous allez voir, et voilà que derrière ces hommes je me faufile pour tenter de lire à mon tour, je vois écrit « casa de hierro » et je pouffe, car je m’étais tout à coup souvenue, je l’avais noté, que le moine-scribe de Sant-Feliu m’avait demandé pourquoi cette calèche, il voyait ça comme ça, lui, une calèche, et dans laquelle nous vivions tout à fait quotidiennement, normalement, comment n’était-elle pas attelée, cette question, il s’étonnait, bien sûr, que nous n’eûmes pas de chevaux pour la tirer vu que nul d’entre ces villageois n’eût pu concevoir que notre véhicule était doté d’un moteur, hein, Watt n’avait pas encore fait la moindre expérience sur la vapeur, c’est vous dire malgré tout la surprise de ces bibliothécaires, tous courbés sur ce bout de papier en fibre de lin et qui m’empêchaient de le lire, alors quand ils m’entendirent prononcer ces mots en riant du bout des lèvres, ces mots parfaitement alignés, tels qu’ils étaient écrits, là, sous leurs yeux, sur un document de plus de deux cent cinquante ans, à ce moment j’ai beaucoup hésité, mais comme ils me regardaient bizarrement j’avais envie de leur dire que j’y étais, surtout quand le prêtre remarqua les noms des protagonistes, je l’entends encore dire, un doigt sous chaque nom, Micaela, Timotéo, et Anna-Lisa — il n’était pas fait mention de Rémi, je ne sais pas pourquoi, peut-être était-il resté dans le véhicule à jouer à ses jeux vidéo, ah oui, maintenant ça me revient, d’ailleurs j’avais été obligé de lui dire de couper le son, ça faisait désordre, des gens avaient peur — et ces prénoms, moi je le savais, c’étaient les nôtres, sauf Anaëlle, et non pas d’Anaël, ainsi s’était-elle présentée ce jour-là, sous son enveloppe féminine, oui je sais, c’est idiot à formuler, et j’ai dû admettre qu’il s’agissait d’une coïncidence tout à fait étonnante, pour autant, croyez-moi, je n’avais pas intérêt à dire que la casa de hierro était ni plus ni moins que notre vieux Winnebago, enfin, le compte rendu du Dominicain, j’ai pu l’étudier seule un peu plus tard, je ne vous dis pas à quel point il fallut que je me retinsse de rire — notez qu’il m’arrive de placer un subjonctif imparfait à peu près correct, on en voit de moins en moins, que voulez-vous, les temps ne concordent plus, toujours est-il, vu de notre époque la lecture en était non pas insensée mais comique, incroyable, l’Espagnol avait tâché de décrire les sons qui venaient de l’intérieur du motor-home, si en plus il avait vu je n’ose imaginer, les explications à fournir, sorcellerie assurée, déjà nous étions limite-limite, je comprends que ces écrits fussent cachés, certains passages faisaient très science-fiction avant l’heure, le pare-brise avait un paragraphe à lui tout seul et mentionnait la Vierge noire qui pendait au rétroviseur du plafonnier et à laquelle Timothée tenait comme à la prunelle de ses yeux donc un indice inquiétant pour ces hommes d’église mais pour moi c’était quand même un souvenir vachement sympa, enfin le plus important je l’ai traduit en français, je ne vous ai pas dit mais l’espagnol est ma langue maternelle donc ça m’aidait vu que, pour ma petite histoire, j’avais passé mon enfance à Madrid, jusqu’à l’âge de sept ans tout de même, après nous sommes remontés sur Paris à la fin des années 90, j’aurais voulu prendre une photo du texte mais je n’y ai pas été autorisée, j’ai recopié une première fois et j’ai traduit plus tard à tête reposée, la description de la situation était assez fidèle, ce brave frère prêcheur de l’abbaye de Sant-Feliu ne connaissait pas l’art de la sténographie, c’est sûr, il avait dû noter rapidement avec des moyens assez empiriques, enfin ces feuillets au nombre de quatre avaient finalement constitué une sorte de résumé.

Notes du Frère dominicain

D’abord, il était question de Micaela, c’est moi, selon le texte j’avais présenté Anaëlle, ma fille adoptive, comme une jeune fille hors du commun, un être capable de prouesses telles que les hommes les appellent prodiges, c’était écrit à peu près en ces termes, ensuite le moine avait consacré sa rédaction aux paroles d’Ana-Lisa, c’est je crois ce qui a dû interpeller la chrétienté, écoutez, je vous en propose une traduction toute personnelle, lorsque l’on sait que ce moine avait un style d’écriture peu orthodoxe pour l’époque, on comprendra que ce témoignage fut perçu comme quelque chose d’apocryphe, je vous laisse juge si vous voulez bien que je vous lise ce passage :

 

Quand la petite Ana-Lisa eut à répondre de ses actes

À savoir dans le ciel une barque

Au-dessus des âmes

Comme un oiseau

Elle contenait la pêche du jour

Cinq pêcheurs bien bâtis

Le temps s’est arrêté a dit la pucelle

La mer a joué de sa force

La barque est allée avec lenteur

Elle a été retenue par la mer

Le vent a soufflé

La fille de la comtesse (condesa) Ignacia de Osma y Gerona

Isabella

Elle courait sur le bord de la mer

Frêle fillette soulevée par le vent

Le vent sous la coque

Le vent soulève l’enfant

Isabella de Osma y Gerona est sauve

Le bateau retombe

Ana-Lisa calme le bateau

Les pêcheurs dans le bateau

Ils ont vu à la proue

Le peuple (el pueblo) autour du port

Il a vu aussi

Une femme s’est prosternée

Un homme s’est signé

Puis une autre femme et encore une femme

Ils ont dit miracle

 

Ana-Lisa parle

Devant Monseigneur

Elle dit la vérité

Elle n’a rien fait

Elle était là

Elle a vu le bateau soulevé par une vague

Elle a dit au bateau

Sans parler

Elle a ordonné au bateau

Laisse Isabella

Elle a dit au vent

Protège Isabella

Elle a prié pour Isabella

Elle dit la vérité

C’est tout

 

Le reste étant un descriptif succinct de l’ambiance, des personnes et du lieu, et sachez que peu après la redécouverte de ce parchemin, vu la curiosité qu’il suscita, la poursuite des fouilles à Sant-Feliu a révélé les restes d’un amphithéâtre qui daterait de l’antiquité romaine et, tenez-vous bien, un portable de facture récente mais datant de plus de deux siècles selon une analyse au carbone 14.

La mission du Souverain pontife

Je pourrais m’en tenir là de cette anecdote, mais pendant que nous dissertions autour du parchemin un homme est venu me chercher, il était habillé en costume de ville, il avait sans doute de l’influence, je n’ai pas cherché à m’immiscer dans l’organigramme ni dans la hiérarchie du Vatican, disons qu’il s’est simplement présenté en me priant de le suivre et en m’assurant que je pourrais reprendre mes recherches plus tard, ce que j’ai fait, un coup d’œil aux bibliothécaires et ils m’assurèrent de cette possibilité, aussi suivis-je ce personnage qui pendant que nous franchissions plusieurs salles et quelques portes imposante gardées par des Suisses qui nous laissèrent obligeamment passer, et après ces salles toutes plus impressionnantes les unes que les autres je fus laissée au milieu d’un jardin silencieux, il va venir me dit-on, aussi attendis-je quelques minutes en m’émerveillant de cette nature luxuriante et si bien ordonnée propre à l’Italie, ses fruitiers abondants et généreux, ses fleurs odorantes, ses arbres si élégants, toute cette beauté traversée de ruisseaux et ponctuée de fontaines, quelques statues d’anges, une piéta en marbre, un Christ en gloire, la Vierge, l’Enfant Jésus, j’étais au Paradis quand j’entendis la voix d’un homme, c’était celle du Pape Léon XIV, le Très Saint Père, il me souhaitait la bienvenue, je lui pris la main qu’il m’offrait, me voici faire une sorte de révérence improvisée, et déjà que ma surprise était grande je ne vous dis pas celle qui m’assaillit lorsque je vis qu’il était accompagné par d’autres personnes et, tenez-vous bien, par Anaël qui vint m’embrasser, moi sa mère adoptive, très respectueusement, pas comme d’habitude, avec une distance un peu cérémonieuse, et il n’était pas seul, il y avait un homme, la trentaine, habillé d’une tunique écru et d’une ceinture de cuir, en sandales, Léon XIV me présenta et l’homme me salua dignement en joignant ses mains, il se prénommait Pierre, puis un autre personnage, qui me salua à son tour, il portait la trabée romaine, vous savez la toge rouge des empereurs, bien sûr je les saluai également, avec déférence, j’ignorais qui ils étaient mais à leur présence, vous comprenez, et je ne cessais de regarder Anaël qui ne disait rien, en tous les cas leur allure tranchait d’avec celle du souverain pontife, tu vois l’habit pontifical, la robe blanche et la petite calotte ronde sur le sommet du crâne, Anaël lui était en costume bleu sombre sur une chemise blanche en popeline de coton, heureusement que j’avais mis un de mes plus beaux ensembles, couleur saumon, escarpins assorties, je n’avais gardé que mon sac, mes autres affaires et mon ordi portable étaient restés dans la bibliothèque, c’est curieux quand j’y pense, en venant jusqu’à eux, j’avais l’impression que tous les gardes suisses ressemblaient à Anaël, même en traversant la chapelle Sixtine et en regardant le Dieu peint par Michel Ange il me semblait qu’il ressemblait à Anaël, plus âgé, certes, mais c’était lui, et là je le vois sourire, presque complice et, peu à peu, la discussion se poursuivant autour d’une table ronde dans le jardin pendant que des sœurs nous servaient du thé et du café, je compris que oui l’homme en toge était bien l’empereur Constantin et l’homme en sandales, Pierre, je te laisse deviner, et nous eûmes la plus inimaginable des conversations, autant dire que le petit miracle de Sant-Feliu passait au second plan, de quoi avons-nous parlé, eh bien du destin de l’humanité, passé, présent et futur, de quoi vouliez-vous que nous parlions, et du christianisme, de Jésus, eh non il n’était pas là, cette question, déjà que son disciple, son héraut du quatrième siècle et le pape, son représentant sur Terre, étaient là, et Anaël bien sûr, mais j’ai posé la question et Léon XIV m’a répondu qu’en fait le Fils de l’homme était présent, ici et maintenant, en nous et partout, et je le crois très sincèrement, en fait ils m’ont donné du travail, j’ai dû les accompagner dans leurs époques respectives, avec Simon Pierre à la rencontre du Christ, enfin, quel homme, et Anaël en disciple, l’air de rien, le Père et le Fils sur le même chemin de vie, il m’a expliqué plus tard, eh bien oui Anaël, non il n’est pas ce Dieu auquel nous devons croire, c’est beaucoup plus complexe que ça, il y a un créateur matériel et un autre qui s’occuperait des âmes, si tu veux, ils ne s’entendent pas toujours, peuvent ne faire qu’un ou être totalement dissociés, exactement comme dans nos consciences terrestres, un jour Anaëlle pour se moquer de son frère a dit que l’homme avait créé Dieu à son image, en tous les cas j’ai eu la chance de vivre aux côtés de Jésus, j’ai connu sa mère, Marie, et Jean, et les disciples, leur vie, leurs joies et leur grande souffrances devant la Croix, oui j’y étais, j’étais une servante de Jésus, j’ai vu mais je croyais déjà étant toute petite, ma mère était très croyante, il y a une grande différence entre la foi et la réalité et pourtant quand l’une et l’autre se rejoignent il y a un au-delà des limites de la connaissance, enfin j’ai aidé à la rédaction de l’Évangile, une grande part de ma mission, j’ai appris plusieurs langues aujourd’hui disparues, je les pratiquais au jour le jour, la liste serait longue et beaucoup nous sont inconnues parce qu’elles n’ont pas bénéficié de l’écriture, alors oui j’ai aussi connu quelques massorètes tardifs et j’ai travaillé plusieurs années à Alexandrie sur la Septante avant de rencontrer à nouveau Constantin, il m’a reconnue tout de suite, toujours avec l’aide d’Anaël alors oui j’ai vu du pays, cela m’a pris environ quatre cent cinquante années, parfaitement !

Timothée attendait patiemment

Pendant ce temps-là Timothée m’attendait sur une aire de parking dans la Cité du Vatican, il m’a beaucoup manqué mais il ne pouvait pas me suivre, en l’imaginant à l’aube de la morale christique et au début de la chute de l’empire romain, il aurait voulu un camion, conduire, une station-service et grignoter des barres chocolatées, c’était pas possible, quand je suis revenue il m’a demandé si j’avais vu l’heure, il avait faim, quand même il a trouvé que j’étais bronzée, que j’avais changé, il a fallu que je lui raconte, tu me raconteras tout ça devant une pizza, qu’il m’a dit, Anaël est resté quelques jours avec nous, nous avons visité Rome, et j’en connaissais maintenant l’histoire assez bien, et quand Anaël nous a quittés pour retourner en Guyane Timothée et moi sommes allés à Istambul, je lui ai fait visiter la ville et les environs à ma façon, vu que j’avais passé pas mal d’années là-bas et que j’avais assisté à la fondation de Constantinople, tout ça, évidemment, a beaucoup plu à mon éditrice, mais ce que j’ignorais avant de pénétrer dans la bibliothèque apostolique, c’est que beaucoup de livres avaient été en partie écrits par mes soins, je le raconte personne ne me croirait, sauf sous l’angle de la fiction, ou de la prophétie mais là c’est une autre histoire.

§§§

#Archange#Dieu#littérature#Roman