20 juillet 2026
COÛTS DE THÉÂTRE
Ingrédients dramaturgiques pour une pièce
Sur les coupes budgétaires dans la culture, ces 13 et 14 juillet 2026 beaucoup de commentaires à couteaux tirés circulent sur les réseaux sociaux à l’heure du festival d’Avignon. Structures, syndicats, compagnies et artistes montent aux créneaux. En même temps à Paris l’armée défile sur les Champs Élysées.
Évitons de parler de solidarité. C’est un terme très dévoyé dans la culture, d’où elle s’est absentée. Aussi ai-je une compassion mitigée pour des clans qui ont favorisé un entre-soi en calquant les modes et idéaux du ministère afin de subvenir à leurs besoins, et d’ailleurs pas toujours en faveur des artistes qui faisaient bouillir à leur propre détriment des marmites qui n’étaient pas les leurs. Pour ces clans, une certaine illusion de pouvoir les a trop souvent confortés dans d’hautaines attitudes. La chute est rude.
Agir dans le culturel permet de rencontrer ici ou là les différentes formes d’injustices pratiquées dans les milieux les plus privilégiés, notamment dans l’art contemporain où ses acteurs sont souvent dépolitisés et serviles. Du théâtre, le lieu où s’exerce un art de la parole, des voix s’élèvent. Ces disciplines auront sacrifié les talents les plus pertinents au profit de connivences plus proches de leurs ambitions salariales que de l’émancipation du public. Ceci se lit dans l’insipide des expositions et des spectacles proposés dans ces secteurs par les structures les mieux subventionnés. Leur indépendance de création est toute relative.
La chute de « la culture »
Nous sommes beaucoup à observer la chute de « la culture » en France. Certaines causes accélérant son effondrement programmé sont liées à la politique de réarmement de l’Europe pour que celle-ci puisse entrer en guerre contre la Russie. Il est patent que les signataires des accords de Minsk 2 se renvoient la responsabilité d’une rupture des protocoles qui a conduit à l’opération spéciale russe. On sait que cette opération militaire est considérée par l’Occident comme une guerre d’agression et par la Russie comme la guerre de libération du Dombass. L’histoire jugera, mais les populations de l’Est de l’Ukraine ne pouvaient pas plus longtemps endurer la terreur que leur imposait le régime de Kiev. Si la réponse envisagée par la Russie est condamnable elle est compréhensible, car comment ne pas pointer du doigt les prétentions du camp occidental visant l’acculturation du peuple ukrainien aux valeurs capitalistes. Voici donc grâce à nos vertus démocratiques un peuple déchiré en otage d’Est en Ouest entre deux blocs, prédateurs de son intégrité territoriale et de son économie. Sans aucune résolution pacifique ou diplomatique à l’horizon, puisque chaque partie en rejette toutes propositions, nous assistons à l’extension du conflit. Ce cas de figure, à l’heure où les États-Unis font semblant de préférer le banc de touche, est une aubaine pour la refondation européenne et une calamité pour le secteur culturel.
Développons
Les Occidentaux ont rédigé un narratif préparant les esprits à l’augmentation des budgets militaires. Ce récit épique trouve son sujet dans un futur conflit de haute intensité. Pour que l’Europe puisse s’engager dans une guerre durable, elle doit s’ingérer dans la géopolitique ukrainienne. Elle y parvient en obscurcissant l’histoire récente afin de dégager sa responsabilité dans la rupture des accords de Minsk. La censure fait d’ailleurs un excellent travail de noircissement du tableau. Quant à l’autocensure, sauf exception, elle ravage la presse et la littérature.
Le 11 février dernier, le Parlement européen a voté une enveloppe de quatre-vingt-dix milliards d’euros (90.000.000.000,00 EUR) pour renforcer la défense de l’Ukraine, qui devra s’engager à poursuivre des réformes démocratiques et à lutter contre la corruption. Cela prêterait à sourire mais il y a mieux : l’Ukraine remboursera son emprunt lorsqu’elle aura reçu les réparations de guerre par la Russie. Là, on ne sourit plus, ce sont les conditions du prêt.
Restons concentrés sur nos coupes
Mon hypothèse : dans le cas d’une victoire de la petite Russie sur sa grande sœur, l’Ukraine subissant une OPA de la part de l’Europe, la dette sera automatiquement effacée. C’est le principe de la fusion-acquisition. En d’autres termes, une entreprise ne se doit pas d’argent. Quelques écritures comptables, un regard compatissant de la Commission européenne et des États membres, soit de quelques personnes bien placées, et le tour sera joué.
Nous ne retrouverons jamais cet argent, ainsi la culture, la santé, l’éducation, la justice, l’environnement, etc., sont dépecées. Cette dette fictive est déjà effacée. Des virements à dix chiffres voyagent en ce moment vers divers comptes. Parties des sources les plus sûres de nos finances publiques, ces sommes phénoménales vont peu à peu transiter vers des gestionnaires occultes. Le principal s’émiettera de la même façon que s’émiettent les aides humanitaires tout autour de la planète pour se retrouver dans les paradis fiscaux, sur des portefeuilles boursiers ou dans les réseaux de blanchiment au nez et à la barbe des services de traque fiduciaire européens, que leur hiérarchie leur fasse porter des œillères ou non.
Traçage du trésor de guerre
Bien que tout ceci n’ait rien d’amusant, le soutien à l’Ukraine ayant été adopté le 12 mars 2025 par l’Assemblée nationale lors du scrutin N° 988, malgré l’opposition de LFI et les abstentions du RN, nous pourrions imaginer une liste à la Prévert.
Imaginons donc, après avoir été virée par tranches ou dans son entier aux services administratifs et financiers de la Présidence ukrainienne, cette manne bleu-étoile commence à emprunter diverses voies. Le clientélisme se met en place avec les marchands d’armes et leurs commerciaux. Ces derniers prennent leur pourcentage au passage. Ensuite l’argent est introduit à l’actif des entreprises concernées par les commandes d’armement. Les sous-traitants, de Chine ou d’ailleurs, prennent leur part en fonction de leurs livraisons. Composants, terres rares, minerai, alliages, licences, brevets, j’en passe. Un avion, par exemple, n’est pas fait d’un seul bloc et un missile comprend diverses technologies dont il faut posséder tous les droits d’exploitation. Entretemps, l’administration ukrainienne est rémunérée. Le barème des salaires n’étant pas dans les clauses du soutien, une liberté totale est à l’appréciation du Président Zelenski. Le gouvernement reçoit également ses émoluments, également à discrétion. L’armée et son État-Major sont crédités d’un budget illimité pour mener leurs opérations. S’il est en vie, le soldat reçoit enfin sa solde ; s’il est mort sa veuve touche une pension, si toutefois le corps est retrouvé, ce qui n’est pas toujours le cas. Ensuite, ces sommes s’égrenant peu à peu, elles quittent les zones balisées. Un certain nombre d’intermédiaires apparaissent dans le flou d’un traçage de plus en plus incertain et le capital de départ prend la direction d’arrangements dignes des meilleurs romans d’espionnage. Tout devient possible. Concussion, corruption, détournements, là aussi j’en passe. N’oublions pas que c’est la guerre et que rien ne fonctionne normalement. Le chaos s’organise dans l’inconfort et chacun pour sa survie se protège au jour le jour en glanant tout ce qu’il peut attraper selon Nécessité. Ce qui est pris n’est plus à prendre. Un paquet de cigarettes, un séjour dans un grand hôtel à Monaco, les grandes écoles pour les enfants des élites, le gasoil du yacht familial, tout se paye et l’argent vient de quelque part.
Quel rapport avec le soutien aux compagnies théâtrales ?
J’y arrive, camarades, patience. Lors des livraisons d’armement consenties aux forces ukrainiennes, des armes se volatilisent et empruntent des chemins qui les mènent sur d’autres champs de bataille. Elles ne disparaissent pas par l’opération du Saint-Esprit. Cela demande des moyens logistiques très importants, de l’information précise et des autorisations en conséquence.
Nous pouvons aussi imaginer les circuits bancaires et boursiers, mais nous y passerions un temps conséquent alors que nous devons nous concentrer sur les coupes budgétaires dénoncées au Festival d’été d’Avignon, si vous voulez bien suivre.
Aussi, pour toutes ces raisons qui n’en sont pas, des mesures volontairement inefficaces sont mises en place pour nous faire croire que notre salut est en jeu. Face à la menace russe, nous sommes en danger, dit le narratif élyséen. C’est du grand art que de nous faire croire que la Russie est notre ennemie. Notre Président aura beau dire, et Hollywood lui emboîtera le pas si ça lui chante, même si Staline et l’Armée rouge ont profité de fonds anglais et étatsuniens, ce sont les soldats russes qui ont délivré l’Europe du nazisme. Enfin d’une partie seulement, ses résurgences sont des plus inquiétantes. C’est d’ailleurs ce que le Président Poutine dénonce dans sa propagande. On peut aussi se demander jusqu’à quel point les failles dans le système européen et la trahison du protocole de Minsk ne lui ont pas donné le prétexte tant attendu pour pénétrer au Dombass.
Et nos coupes budgétaires alors ?
D’un autre côté, s’il est dit que la guerre restera circonscrite aux frontières de l’Europe, pourquoi nos hôpitaux se préparent à recevoir des blessés en masse ? Ces incohérences sont habituelles de notre président, qui dit une chose et son contraire. Le 6 mai 2020, quelques jours avant la sortie du confinement, après s’être entretenu avec des personnalités — choisies — du champ de la création, il déclarait en vidéoconférence depuis l’Élysée :
«…et nous on sera là en accompagnement parce que tout ce que j’ai dit pour protéger ( les acteurs de la culture et de la création ) va permettre aux artistes de le faire sans se poser la question du modèle économique ou autre puisqu’on aura donné cette visibilité c’est l’engagement que j’ai pris »
CQFD, mais continuons nos coupes budgétaires
Toujours est-il que le sentiment patriotique se met en place. Je cite la Revue stratégique nationale en date de juillet 2025 et toujours d’actualité : « […] par un renforcement de la résilience de la France, une implication de ses citoyens pour sa défense et sa sécurité nationale, par une mobilisation globale et par un véritable réarmement moral de population notamment de la jeunesse ». Je vous invite à réfléchir sur le sens du mot résilience.
Résilience… Vous avez dit résilience…
Comme le dit si bien M. Emmanuel Macron, si prompt à formuler l’informulable, le prix du sang à payer sera celui de nos soldats. Nos jeunes, en l’occurrence. Enfin puisqu’il nous faut être résilients alors que les chocolateries poussent partout sur nos trottoirs et que nos halles regorgent de victuailles, comparons notre situation avec un autre peuple résilient, les Palestiniens, qui font preuve d’un courage sans pareil sous les bombardements israéliens, auxquels participent les entreprises françaises de l’armement. Peut-être est-ce la désolation et la mort sur notre sol que souhaite notre président pour notre patrie et son peuple. Cette question pourrait être posée aux fonds d’investissement de la banque Rothschild, par exemple. En revanche, si l’on observe la courbe de la pauvreté en France ces dix dernières années, là oui nous devons être résilients et relever les manches, et non pas viser un ennemi hypothétique. Travailler. Mais tout est fait pour nous en empêcher, l’intersyndicale avignonnaise ne me contredira pas.
L’aide in-humanitaire
Toutes ces mesures in-humanitaires transpirent ou sont dites quasi textuellement dans le discours du Président à l’Hôtel de Brienne ce 13 juillet dernier devant une batterie de militaires. Ce même jour, à Avignon, une intersyndicale et des artistes adressent leurs doléances à “Monsieur le Président” dans un manifeste pathétique. En effet, cette intervention évite toute véritable revendication à l’encontre de la politique du chef de l’État et de l’Europe vis-à-vis des préparatifs de guerre. Orchestrées par des entités ou des personnes qui accompagnent le pouvoir tel qu’il est et tel qu’il sera, ces interpellations autocentrées sont vaines. Au plus haut de la chaîne alimentaire culturelle, ce sont de pures postures.
Nuit d’Avignon 2024 et ultimatum 2026
Pour illustrer ce constat, la grève annoncée par l’intersyndicale n’a évidemment pas eu lieu. Un ultimatum. Vous êtes sérieux ? C’est ce qu’on appelle du bluff, ou un coup d’esbroufe. Le Festival d’Avignon n’est pas la scène expressive qu’il veut paraître. Nous l’avons remarqué lors du résultat du premier tour des législatives en 2024, à la suite duquel un remaniement possible du gouvernement penchait en faveur du RN. Le directeur du festival, Tiago Rodriges, avait alors annoncé qu’une tribune libre : « la Nuit d’Avignon » se tiendrait sur la place devant le Palais des Papes. Cet évènement d’Avignon a bien eu lieu dans la nuit du 4 au 5 juillet mais, contre toute attente, elle s’est déroulée à guichet moyennement ouvert dans la Cour d’honneur du Palais selon sa jauge. Ce n’était dès lors plus la tribune d’expression démocratique et citoyenne promise, mais un spectacle de vedettes de la télé venues faire leur show face à un public médusé. L’assistance, trompée sur le contenu, s’est gentiment égrenée vers la sortie dès le début de la performance, les gradins ne gardant qu’un public acquis et partisan. Censé peut-être faire peur, ce mauvais spectacle de marionnettes, auquel l’ancienne ministre de la culture, Françoise Nyssen, participait, ne pouvait se substituer à la promesse d’une liberté de paroles. Peu à l’aise dans ses baskets et un tantinet engoncé dans un rôle forcé, Alexis Michalik fut le seul à reconnaître que le milieu ne s’intéressait pas assez à la condition des populations invisibles et ignorées.
Furtivement, entre deux instants quasi dans la pénombre des coulisses de cette longue nuit, un membre du OFF a laissé échapper que la tribune sur la place aurait été trop risquée et compliquée à gérer. Il y aura toujours des arguments pour ne pas dire que le directeur du Festival d’Avignon s’est dégonflé. Sous contrôle de la Direction du Festival, financé par un mécénat foisonnant, une longue liste de partenaires institutionnels et privés, soutenu par une presse très étendue, ceci explique en partie pourquoi l’intersyndicale ne pouvait appeler à faire vraiment grève ce mois de juillet 2026. Reportée fin septembre à Paris, elle sera noyée dans la masse des revendications de la rentrée et perdra une visibilité qui aurait pu compter, là, tout de suite, maintenant. Trop tard, trop lâche. Bien joué, le festival aura mérité du galon, clap clap M. le Directeur !
Le théâtre étant par définition une voix hautement émancipatrice, les compagnies les moins utiles et peu coopérantes vont disparaître. Leurs privilèges aidant, nous savons qui restera. Quant aux opposants, nous verrons ce que leur réservera l’histoire lorsque les choses se durciront. Gel de leurs avoirs, pauvreté, oubli, déchéance de nationalité, exil, prison, torture, peloton d’exécution, qui sait, les exemples autour de la planète et dans l’Histoire des hommes et des femmes sont pléthores et ont de glorieux jours de tristesse devant eux.
Extrême droite centre et gauche
Un mot encore sur les tribunes antifascistes. Évidemment qu’une victoire de l’extrême droite modifierait drastiquement les rapports sociaux de manière brutale. Vous remarquerez que c’est déjà le cas avec M. Macron. Soutiendrait-elle la politique de Netanyahu ? Possible, les rapprochements entre ces deux extrêmes semblent le prédire. C’est déjà le cas. Marcherons-nous au pas sous des drapeaux au rythme du tambour ? Il me semble que l’exercice a commencé. Les lois deviendront-elles liberticides ? Elles le sont chaque jour un peu plus. La liberté d’expression sera-t-elle sous contrôle ? Les voix dissidentes se font rares. La répression policière envers nos revendications diverses et variées sera-t-elle la norme ? Une loi actuellement en discussion propose la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre. Nahel et Rémi Fraisse sont passés par là, hommage leur soit rendu en attendant le glas des prochaines victimes. Quant à l’éventualité d’une victoire de l’extrême gauche, allez savoir ce qui couve sous le bonnet de son “líder maximo”. S’il semble s’orienter vers la paix, il devra s’opposer à l’Europe. Ce n’est pas gagné.
Dans le vif du sujet
J’entends bien encore notre président s’insurger contre le nationalisme, sauf qu’il est promoteur d’un européanisme au fond similaire. Faire l’éloge du patriotisme n’est-ce pas exacerber un sentiment d’appartenance à un territoire ? Ne serait-ce pas ici aussi un nationalisme masqué sous des éléments de langage ?
Le culturel, malgré son silence, ses bons et loyaux services, risque donc on l’a vu de disparaître plus ou moins rapidement des radars, agenda des futurs conflits de « haute intensité » oblige. Les coupes budgétaires ne sont qu’une des conséquences de cette politique en marche. L’Ukraine de Zelenski a besoin d’armes, et l’Europe compte bien les lui fournir en se réarmant à cette occasion. Les structures culturelles qui ont aveuglément accompagné le pouvoir continueront. Nous admirons encore des artistes qui ont joué devant l’Occupant pendant la Seconde Guerre mondiale, c’est à méditer. Pour celles et ceux qui ont naïvement collaboré en programmant des distractions sans saveur, au détriment de l’art et de ses missions fondamentales, elles et ils risquent de souffrir intellectuellement, idéologiquement et en fin de compte socialement.
GUERRE PROMISE
Le pouvoir faisant de substantielles économies en rabotant le budget de la culture au profit de l’Ukraine et de sa guerre promise, c’est pour le Président un moyen discret de se débarrasser d’une classe d’actifs humains gênants. Il vaut mieux leur couper le sifflet avant qu’ils ne comprennent vraiment ce qui leur arrive.
Vis-à-vis des structures fonctionnarisées, leur mépris caractérisé pour les écrivains ou les artistes non reconnus m’a toujours écarté de leur chemin. C’est sans doute l’une des plus belles perfidies de ce milieu, remarquée par la majorité des commentaires sur les réseaux. Leur utilisation élitiste de l’argent public ne pouvait à terme que susciter la critique, d’autant plus virulente qu’elle est fondée, quoi que les directions des entités concernées en disent.
Quant aux plus naïves, mais pas les moins gourmandes, leur faiblesse et leur ignorance les rendent complices. Leur pusillanimité récurrente vis-à-vis de la liberté des autonomes, des marginaux, des rebelles et des indépendants toutes catégories s’est toujours manifestée sous une morgue détestable. Puisqu’elles n’ont pas partagé quand elles le pouvaient, nous n’irons pas trop les plaindre aujourd’hui.
Sang et rédemption
Malgré le manque de solidarité de ces petits soldats à l’arrière de tous les fronts sociaux et malgré leurs traitements iniques de sélection artistique qu’ils ont infligés aux avant-gardes, n’oublions pas que ce sont des destins personnels et familiaux qui basculent.
Si ce n’est pas au prix du sang, que leurs enfants auront peut-être à verser à cause de la lâcheté de leurs parents, au regard des déshérités du monde culturel il reste celui de la rédemption. Car toutes ces personnes sont en train de comprendre qu’elles sont devenues négligeables, ou gênantes, aux yeux d’un Ministère qui les a nourries si longtemps. Les voici abandonnées après une vie passé bon an mal an à servir une cause artistique. C’est dur.
Bien que je n’aie cessé de critiquer l’institutionnalisation de la culture et sa liberté apprivoisée, ou la mort conventionnelle de l’art, je reste sensiblement proche des artistes, quel que soit leurs parcours. Ces évènements, liés à l’extermination de leurs moyens d’expression artistique, et donc à leur intégrité, est navrant.
Que certains aient un temps abondé consciemment ou non à un système inégalitaire et courtisan, aujourd’hui leur souffrance devient trop visible pour ne pas s’en émouvoir. Comment sortir du tunnel dans lequel leur maître les conduit à l’abattoir ? La réponse est cornélienne.
Message d’amitié
En attendant des femmes et des hommes d’État meilleurs que celles et ceux dont nous avons la charge, en quelque sorte, et la responsabilité puisque nous les avons portés au pouvoir pour notre plus grand malheur, je suis assez touché par toute cette souffrance pour ne pas conclure sur un message d’amitié.
Parce qu’il y a ces vies qui veulent s’exprimer librement en temps de paix, comme à Avignon, et celles qui se déchirent dans la guerre pour des profits dont ils ne toucheront jamais le moindre dividende.
Aux Ukrainiens et aux Ukrainiennes de l’Ouest comme de l’Est, je vous souhaite de trouver la force de vous réconcilier et de vous unir pour vous dégager de la morsure de vos agresseurs.
À nous, artistes, musiciens, poètes ou écrivains au féminin comme au masculin, écrivons, jouons, jouissons de notre liberté en toute autonomie et indépendance au service de la vérité et de l’émancipation, là est notre étendard.
Oui à la paix !
Bon courage camarades, mes pensées fraternelles.
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