Lettre ouverte à Jonathan Littell

Lettre à Jonathan Littell, grand prix de mes 2 pour son héros malveillant, et journaliste polémique à trois balles et des bananes pour son tract « De l’agression russe » chez un éminent éditeur français.

À

Jonathan,

Sur « De l’agression russe ».

J’vais pas t’la faire intello, Johnny, mais en deux mots j’suis pas d’accord avec toi et j’aime pas ton point de vue. Ecoute-moi deux minutes, je t’ai lu, à ton tour, ça vaut bien ça.

Primo, personne n’enverra ses enfants se faire bousiller la tronche pour faire plaisir à ta guéguerre perso avec le président russe ni n’aura envie de le faire pour que quelques occidentaux fortunés et bien planqués envoient les leurs dans des écoles suisses.

L’agresseur que tu charries est tout autant un agressé, donc un ripostant, en quelque sorte, tu ne peux voiler cette facette de la réalité. La terre, le blé, le foncier, les mines, le nucléaire, c’est ça la mise sur la table, tu crois quoi, toi, que ça intéresse pas les occidentaux, un tel gâteau sous leurs yeux chaque jour que Dieu fait ?

Par ailleurs, les néo-nazis financés par l’occident, par nos impôts, coco, ils existent, tu le sais. Pourquoi t’en dis queue d’chique dans tes feuillets engagés ?

Après, le génocide civil fait partie de la guerre, inexcusable évidemment. Les milices paramilitaires ukrainiennes pro-occidentales se sont conduites comme de grosses ordures après Maidan. Dis-moi que tu l’sais pas. C’est une guerre raciste, camarade écrivain, une putain de guerre nationaliste où la langue devient faciès.

C’est aussi une guerre colonialiste. Les US ont besoin d’argent parce qu’ils aiment tellement ça qu’ils ne pensent qu’à ça et ils vont le forer partout où leur nez de fouine leur dit d’aller creuser. Déstabiliser notre équilibre européen est le cadet de leur souci. Ils font quoi chez eux de la grande misère qui dégueule sur leurs trottoirs ? Rien ! Ils préfèrent aller foutre le boxon chez les autres. Tu as vu la vidéo sur la misère à Los Angeles ? Regarde, tu verras, y’a pas d’effets spéciaux.

La liberté, la démocratie, qu’est-ce que l’administration ricaine en a à foutre ? Des mots. On dit aussi « propagande », un peu comme tes clichés dans ton texte. Eh, Jonathan, tu nous prends tous  pour des lapins de deux semaines, ou quoi ?

L’Europe ? La belle est corrompue, ça aussi tu le sais. Pourquoi tu fermes ton clapet là-dessus ?

Les médias ? Le monde de l’édition ? Sans faire une généralité mais presque, là encore tu le sais mieux que personne, inutile de lancer le débat sur leur allégeance au pognon. Le truc c’est soit tu écris dans le sens du chef, du patron ou de l’extrême-extrême droitisation (camouflée) de l’espace Schengen, soit tu dégages. Mais toi, t’as quand même eu les palmes de l’accalmie avec ton torchon nazilllard. L’éditeur a dû bien s’en mettre plein les poches, les imprimeurs, les diffuseurs, les libraires, les 2S ça fait bander le commerce, ça fait triquer.

Le sens ? Quel sens dans un appel à peine déguisé au meurtre ?

La philosophie ? Oubliée, comme Dieu. Rideau !

Le théâtre ? Lis mes pièces si tu les trouves.

La poésie ? Une fleur des champs qui joue au roseau dans la tempête. Je t’en enverrai peut-être une si tu me réponds, on verra, mais tu n’aimeras pas.

L’enfance ? Voir plus haut, camarade.

L’ordre mondial ? Une idéologie totalitaire et criminelle sous les oripeaux de la liberté.

Alors qu’est-ce que tu fous, bordel ? Enfin, Jonathan… T’es quand même pas si con, qu’est-ce qui te prend de vouloir armer des hommes contre des hommes, des familles contre d’autres familles ?

Et me fais pas le coup de l’infirmier, par pitié. En lisant ta philippique je n’y crois pas une seconde. Des infirmiers y en a des deux côtés, ils sont pas tous là en train de se faire mousser sur leur page wiki pour trois bandages et une piquouze dans l’derch. Ils ont autre chose à faire.

Ca m’énerves que tu bosses pas pour la réunification des peuples, mais pour qu’on leur balance des pétards sur la gueule.

Et t’es gentil, tu cites pas Mandela, t’es pas à la hauteur, tu respectes, tu t’inclines et « Ya basta ! », comme dirait le Sous-Commandant Marcos, un mec que tu dois pas connaître vu que tu défends la coupe en règle du monde.

Ecoute ce que t’as dit ton éditeur moscovite avant de dire des conneries et gamberge cinq minutes au lieu de tartiner des pages et des pages de menaces nucléaires, ou notre boulot d’émancipateurs ne servira plus à rien, sinon à éteindre la lumière.

Bosse pour la paix ! Va voir ton ennemi, va au Kremlin, va à la Maison Blanche, et montre tes grandes qualités humanistes à l’ONU. Y’a assez de merde dans la nature, y’en a plein nos histoires de famille pendant la 2° GM, y’en a à toutes les pages de nos livres d’écoliers jusque dans tes foutues bienveillantes, c’est pas la peine d’en rajouter, Jonathan. Et va voir ton psy, aussi, tant que tu y es.

Je m’arrête là, j’te charrie, camarade, mais c’est ton message, si tu veux… Y’a des responsabilités quand on est auteur, où alors on est payé off-shore.

A ciao. J’te souhaiterai bonne année peut-être un jour, pour l’heure t’es pas assez sympathique pour ça.

Dommage, Homs j’avais bien aimé, dur mais solide.

Si tu passes par où je crèche, file-moi un coup de bigo, on discutera de tout ça. J’suis sûr que tu vas m’apprendre des trucs que je sais pas.

m i c h e l

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