Chronique Branco Plenel Ruffin

L’écrivain est un citoyen comme un autre et son existence est aussi concernée par la politique que n’importe qui. En ce sens, il m’arrive de quitter les rivages de la fiction ou de la poésie pour m’engager sur ceux de la contestation. Ce n’est pas la posture que je préfère, loin de là. J’ai même la nette impression que j’y perds mon temps, mais à qui la faute, sinon aux faiseurs de tracas quotidiens que sont les malveillant.es qui nous gouvernent ? Il y a une dimension victimaire dans la contestation que je voudrais réfuter que je n’y parviendrai pas, mais les convictions dépassent ce type de considération. Quand faut y aller, faut y aller.

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DISCOURS Ô GILETS JAUNES

Citoyennes, citoyens
Ami.es et camarades
Voyez notre nombre
Voyez notre passion
Voyez notre combat
Pourquoi ?
Pourquoi sommes-nous ici,
Ensemble ?
Ici et dans toute la France ?
Nous sommes ici pour nous soulever contre l’injustice
Et les inégalités

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HUMEURS RÉFRACTAIRES

Réagir à l’actualité prend du sens au moment de son expression. C’est un devoir pour un écrivain que de mettre ses facultés au service de la liberté et de publier. Pour ma part, je dispose des réseaux sociaux, d’un blog et parfois du secours d’un média pour agir. J’ai également la possibilité d’écrire pour moi seul, histoire de fixer ma pensée. En fait, il y a beaucoup de façons de manifester ses opinions et, à ce propos, j’ai recueilli toutes celles qui m’ont paru résonner entre 2013 et ce début d’année 2019 avec les événements qui se déroulent actuellement en France. C’est terrible de penser qu’agiter la sonnette d’alarme ne sert à rien. Si le train doit dérailler, rien ne pourra l’empêcher. C’est le destin. Le train d’une certaine France déraille et c’est sans doute nécessaire.  J’espère simplement que c’est pour le bien de tous, mais ça… c’est encore à voir…

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Soyons légitimes !

Les armes de destruction massive ne sont pas celles que l’on croyait, elles étaient et sont toujours dans les mains du Sénat américain et dans un bouquet de progressistes européens. Les peuples du Moyen-Orient ont été leurs premières victimes, ne l’oublions pas, parce que ces personnes, hasard de la géologie, vivent au-dessus d’une manne naturelle dont nos modèles économiques ont besoin. Nous pouvons nous indigner des conséquences, aujourd’hui sur notre sol, mais le gouvernement français suit lui aussi une logique privée loin de l’intérêt général. Vous et moi sommes négligeables et nos morts sont le cadet de ses soucis. À quoi songent les ministres et les directeurs de cabinet à l’Elysée ou à Matignon si ce n’est à leur avancement ? L’institution d’une autre monarchie constitutionnelle est bien avancée, la dictature se rapproche et les partis en lice pour 2017 n’ont qu’une envie, s’emparer de ce pouvoir de plus en plus attrayant. Réformer le système hiérarchique de notre société devrait être le seul sujet digne d’intérêt en ces temps trop tournés sur l’égocentrisme de potentats à la pensée archaïque. Une chose me rassure, les expériences de démocratie directe, par des collectifs ou des coopératives, se développent. Ce n’est plus la question de la légalité qui prime, mais celle de la légitimité. Tournons le dos aux orchestres de la désunion et à leurs chefs. Les solutions pacifiques sont dans le brassage des opinions et dans l’accord pluriel.

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Libre arbitre

Cette époque m’ennuie de sa complexité. Loin de me retourner sur un passé révolu pour en exhumer je ne sais quelle raison, je constate que nous avons tous, de notre vivant, un rapport très intime avec le temps qui défile. En puisant dans cette image de mon enfance, je mesure une période déjà longue qui continue de se produire, jour après jour, et, comme les êtres chers disparus, des échos tentent désespérément de remonter à la surface. Il n’en reste pas grand-chose, sinon des souvenirs ténus, fragiles, qui s’estompent.

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Attentats Made in France

Il y a une charge émotionnelle difficile à exprimer dans les œuvres de ceux qui utilisent l’art ou l’écriture à fin d’alertes. Je pense tout particulièrement à Nicolas Boukhrief et à son film Made in France, dont la sortie en salle, à cause des événements, a été reprogrammée sine die. Ne l’ayant pas vu, tout ce que je peux en dire est qu’il annonce, par la fiction, ce qui vient de se dérouler à Paris ce 13 novembre 2015. Peut-être, et je dis bien « peut-être », qu’il s’agit là d’un opportunisme mercantile lié à la sombre actualité mondiale, qui retentit d’attentats et alimente le cinéma d’une violence sans pareille, ou du désir de provocation d’un cinéaste de bousculer les esprits par un film dont la catharsis ne manquera pas de rassurer ses spectateurs.

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