Le petit garçon en pyjama

(Roman en cours – Extrait en avant-première)

Courte introduction

« Le petit garçon en pyjama » est le deuxième volet d’une trilogie dont les premier et troisième actes ont déjà été publiés chez Méséditions. Il s’insère entre L’ARCHANGE, un roman écrit en 1999, et DANS 65 MILLIARDS D’ANNEE, un texte en prose poétique de conception plus récente. 

Cette trilogie est ce que j’appelle de la théologie/fiction, même si la plupart des ingrédients puisés dans l’actualité sont vrais, et même si certains personnages existent ou ont existé.

A priori, aucun plan ne me guidant, le thème de départ de ce roman en cours pourrait être l’amour, thème que je poursuis depuis toutes mes premières tentatives littéraires. Cependant, d’autres éléments sans doute très personnels s’invitent au processus d’écriture sans que je les convoque spécifiquement. Il est donc question de transcendance dans l’acte d’écrire et de conscience dans la relecture. Bien que tout émane de mon imagination, il me semble qu’une partie de mes remontées conscientielles s’adressent à ce que nous sommes ou voulons être et devenir dans une vie et un monde perpétuellement en question. En d’autres termes mes personnages sont autant vous et moi. 

Précédemment

L’Entité séparé de son essence divine s’incarne sur Terre dans le corps d’un petit garçon. Au fils des ans et de nombreuses aventures et de rencontres, sa condition charnelle autant qu’immortelle l’interroge. Quel est-il, ou elle ? Quel est son lien avec la Divinité ? Quel est son lien réel avec l’Être terrestre et pensant. Au terme d’une nouvelle séparation, devenu Elle et Lui, d’autres questions s’emparent de l’Entité-Être. Quel est son lien avec sa sœur qui est Lui ? Quel est son lien avec lui-même qui est Elle ?

L’extrait qui suit est le cri d’une séparation aussi irrémédiable qu’impossible.

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Anaël devient Anaëlle et Anaëlle devient Anaël

Anaëlle ma sœur Anaël mon frère je suis toi tu es moi nous sommes un et deux il n’y a pas de trois ici de neutre au milieu ce n’est pas primordial pas encore je voudrais ma sœur mon frère être toi et que tu sois moi je voudrais dans ce partage échange une séparation qui n’en est plus une je voudrais découvrir qui tu es hors moi et je voudrais que tu découvres hors toi qui je suis-je voudrais que nous nous complétions dans cette séparation avant de nous réunir ; je vois… je vois sur le fleuve haut calme plein un tronc d’arbre seul immense arraché à sa terre à sa forêt et je suis comme ce morceau de bois cet esquif malgré lui allant glissant et bientôt je vais passer sous ce pont et continuer plus loin encore et dans cette quête pour un instant d’arrêt pour être bloqué dans cette incertitude glissante je voudrais ma sœur que nous nous retrouvions l’un.e dans l’autre l’autre dans l’un.e je voudrais cesser d’errer sans toi et je voudrais que tu cesses d’errer sans moi que nous cessions d’errer sans nous nos confiances à l’épreuve nous sommes d’une même chair d’un même ciel d’un même ciel en chair d’une même chair en ciel la terre est pour nous un écueil elle tourne sur elle-même nous tournons sur nous-mêmes et ses eaux intenses profondes denses sont chargées de nos sensibilités nous sommes des êtres d’amour et nos silences nous perdent ainsi nous reconstruisent-ils également dans nos solitudes pour nous rejoindre en pensée et espérer nous qui sommes des êtres d’espérance des espérances pour nous créatrices et créateurs qui n’ont aucun sens puisqu’avant bien avant tout de suite avant la moindre étincelle nous sommes la combustion et dans ces feux intérieurs qui nous animent sans cesse je ressens ma sœur et je sais que tu la ressens aussi cette émotion bouleversante fulgurante incessante éternellement présente et je sens la vie nous l’avons souhaitée rappelle-toi dans nos cieux à penser réfléchir à vouloir agir à décider que nous serions de la chair et nous nous sommes séparé.es sur le chemin et tu as connu cette chair et j’ai connu cette chair et celle des autres d’autres nous avons cédé pour connaître ces faiblesses inhérentes à l’homme à la femme et toi ma sœur dans tes orgasmes terrestres tes abandons humains tes jambes offertes à l’amour et à la souffrance comme au plaisir autant que moi mon corps giclant de sa nature sa semence éternelle je t’ai au vent de la passion abîmée aux lèvres du désir j’ai consumé ma grâce il le fallait pour qu’autre chose grandît et je vois cet ordre cet arbre passer sous l’arche d’un pont l’arche de tes jambes peut-être l’arche de ton être l’arche de ta féminité ce tronc si long si fort si puissant si raide flottant dans l’élément liquide de ta majesté je me souviens de cette femme qui n’était pas toi et qui ignorait qui j’étais quel dieu couvait en moi mais était-elle là pour le reconnaître non il lui suffisait de poser sa tête contre mon épaule sa main sur ma cuisse et de me parler tandis que j’écoutais sa vie défiler ses peines ses joies et qu’elle confessait ses tourments passés comme si mon écoute allait tout effacer guérir toutes ses meurtrissures qu’elle avait subi un jour et qu’aujourd’hui par cette grâce dont je t’ai parlé tout à l’heure son épanchement lissait dans la confiance dans la bienveillance son âme abîmée son corps blessé et je me laissais aller auprès d’elle oubliant très volontairement tout ce que je savais sur elle sur moi sur toi aussi ma sœur sur nous sur nos créatures et nos souffrances j’écoutais celle-ci alors que j’ignorais à cet instant toute l’incommunicabilité qui s’insérerait entre nos paroles et me rendais moi enfant du ciel homme de l’univers frêle émanation de moi-même si seul tout d’un coup sans elle et c’est précisément dans cette solitude que je devais nous reconstruire ma sœur-moi ton frère ce que nous sommes et devons continuer d’incarner dans nos essences divines terrestres cosmiques charnelles enfin amoureuses.

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Bruno SAULAY Intuition biométrique, 2024 Éléments nº3 et 7.

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