Court essai sur l’esprit du silence

J’ai lu un jour les mémoires d’une résistante bordelaise durant la dernière guerre. Elle tenait un café dans lequel venaient des résistants en quête d’informations, de laisser-passer ou de toute chose impossible à débattre à voix haute dans un lieu public. Ce qui m’avait le plus impressionné, c’était la difficulté pour cette femme de reconnaître la véritable intention de ceux qui venaient à elle pour un service lié à son activité souterraine. Qu’un individu vînt de la part d’untel ou untel, comment lui faire confiance pour ne pas trahir un réseau ou un camarade, pour ne pas se trahir soi-même.

Il doit y avoir dans les sociétés sous contrôle une psychologie particulière, quasi-instinctive. J’appellerai cela l’esprit du silence.

Mais ce caractère est en l’homme en guerre comme en l’homme de paix. En effet, comment savoir ce que pense une personne si elle ne nous informe pas de ses intentions ou de ses réflexions. D’un visage bouche fermée nul son ne sort, mais de ce même visage l’expression montrera si la personne se tait volontairement ou non.

Quand j’effectuais, en tant qu’appelé vers la fin des années 70, des missions pour l’armée de l’air dans le secteur soviétique de Berlin-Est, il m’arrivait souvent de rencontrer des personnes qui exprimaient, par une simple moue, leur impossibilité de dire, la méfiance ou la crainte. « À l’Est », comme nous avions l’habitude de dire, la curiosité des autochtones restait un événement exceptionnel. Avoir un militaire français en uniforme pour interlocuteur pouvait certainement être suspect pour un observateur, ce qui pouvait se comprendre puisque nous étions en pleine guerre froide.

L’esprit du silence, ou la pensée inaccomplie, s’exerce de tous temps, sous toutes les latitudes. Je l’ai rencontrée dans le monde de l’entreprise, souvent en présence de patrons dirigistes ou dans le cadre de hiérarchies mesquines et méchantes. En fonction souvent des personnes, je le rencontre aussi au cours de discussions banales lorsque le fil dévie par exemple sur les Frères musulmans, sur les arrangements personnels des élus locaux, sur l’intérêt de personnes appartenant à des groupes occultes, sur la surveillance administrative ou sur ce que l’on nomme encore, avec une sorte de serrement dans la voix, les renseignements généraux.

Quoique nous disions, soyons-en conscients, il y a des limites qui, loin de faire le jeu de quelconques joutes intellectuelles de salons, sont susceptibles d’intéresser certains groupuscules, le monde associatif, des individus en veille, le ministère public ou, qui sait, les forces de sécurité de la nation. De fait, la liberté d’expression peut être la proie de forces insoupçonnées, j’y pense souvent.

Enfin, comme je suis d’une nature timorée, je n’irai pas, à priori, chercher des noises à quiconque. Le fanatisme, le crime, la police, tout cela et bien d’autres choses restent pour moi des sujets à roman, pas des quotidiens assumés. Par contre, pour la pertinence d’un propos, ou pour étayer un sujet, je ne dis pas que je ne tenterai pas de me rapprocher d’une certaine vérité, et pour cela rien de tel que le réalisme d’une bon interview.

Il me semble que dans la déontologie du métier, il y a le respect des sources, donc de la confidence. Il me semble également que la justice en tient compte. Jusqu’où ? Le Garde des Sceaux influe-t-il la magistrature sur à ce sujet ? Que proposent exactement la loi sur le renseignement ? Quelles en seront les conséquences ?

Tout ça pour dire que le silence est une dimension omniprésente dans une société donnée.

J’ai toujours rêvé d’être journaliste.

Vous voyez, je suis juste un amateur.

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