Liberté Egalité Fraternité

Le fil de la liberté d’expression avec Liberté Egalité Fraternité

Le fil de la liberté d’expression, comme celui de la pleine et entière liberté, est ténu. D’ailleurs et pour preuve, le mot « liberticide » revient souvent dans la presse dès qu’il s’agit des droits spécifiques à l’expression. Il faut reconnaître que notre société dispose d’un éventail de plus en plus étoffé pour que certains sujets ne puissent pas se discuter publiquement. Du même coup c’est le principe de la controverse qui s’éteint, ce qui ne peut être que dommageable pour la démocratie.

Ces dispositifs « anti » mais légaux se complètent par une acceptation tacite et obligée de la population qui, contrainte par l’appareil judiciaire, n’a d’autres solutions que de se conformer aux lois de la République, les bonnes et les mauvaises, s’il en est de mauvaises.

Il s’avère que la loi et ses moyens de répression sont des moyens « judicieux » pour maintenir l’ordre dans une société donnée, ou, autrement formulé, pour permettre aux individus de ne pas subir l’anarchie, ou l’arbitraire du plus fort.

Dès lors, une notion importante intervient : celle de l’égalité.

Selon la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789, à laquelle notre actuelle constitution proclame solennellement son attachement dans son préambule, tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Un peu plus haut dans cette même déclaration, nous pouvons aussi lire que le mépris des droits de l’homme est une des seules causes aux malheurs publics et à la corruption des gouvernements.

Il est intéressant, à l’aune de notre actualité, de mettre en situation le rapport entre les malheurs du peuple, nombreux en ces jours, et le professionnalisme (et non plus l’éthique), qui guide très ostensiblement le parcours de la plupart de nos élus. Sous le terme de « malheurs », j’entends par là ceux qui découlent d’une mauvaise gestion de la chose publique, et non pas ceux que le destin ou le hasard nomment fatalité ou accidents, en conséquence je les fais dépendre de la corruption morale des gouvernants, de ceux qui sont incapables de les prévenir ni de les guérir lorsqu’ils sont avérés.

Une liste de maux sociaux est-elle à établir ? Elle serait longue. Et si aujourd’hui la paix et la démocratie sont encore les alliées de la France, il n’en couve pas moins un mauvais sentiment que j’aimerais analyser, pour mieux dévoiler une réalité qui a quelque mal à apparaître au grand jour.

Les divers attentats qui ont eu lieu en France ces dernières années produisent dans la population des ressentiments durables. C’est malheureux à dire, mais le peuple a ses raisons de penser que ses gouvernants ne recherchent pas systématiquement des solutions, et qu’ils profitent de leur temps au pouvoir pour arranger leur retraite.

Quand certains élus mollissent dans des prérogatives privilégiées mais dépourvues d’obligation de résultats, le peuple subit de plein fouet leur inefficacité. La montée perpétuelle du chômage et les injustices sociales qui en découlent ne parviennent aux gouvernants que sous forme de graphique, de dossiers et d’images à la télé qui leur renvoient leurs propres postures. Ainsi, quand ils sortent voir ce qui se passe dehors, les responsables de la régression sont si entourés qu’ils sont en situation de baguenaude surveillée, pas d’immersion.

Tout est devenu une affaire d’argent. Comme dans les services financiers des plus grandes entreprises, l’urgence se porte sur les grands comptes et les gros montants. Le reste devient négligeable, alors que c’est dans le souci du détail qu’il est nécessaire de porter son attention. Les petits ruisseaux font les grandes rivières, et les fleuves sortent de leur lit.

Un père de famille ne peut plus survenir aux besoins de sa famille ; spectateur de sa propre déchéance, qui incriminera-t-il ? Une ménagère se prive pour ses enfants, où trouvera-t-elle de l’aide ? Un membre d’une communauté est stigmatisé, quel recours a-t-il contre cette injustice ? la culture est bafouée, que peut-on faire ? Logiquement tous ces gens se tourneront vers les pouvoirs publics. C’est ainsi que fonctionne normalement notre société, qui doit prévenir autant que guérir. Mais là qu’arrive-t-il si celle-ci fait défaut ? Le père de famille s’enlise, la ménagère augmente ses sacrifices, et le migrant se trouve déchu de ses droits fondamentaux. Quant à la culture, elle manifeste.

À qui la faute ?

À nous tous et à quelques-uns en particulier. À nous qui choisissons mal nos représentants ; à ces représentants qui ne respectent pas leurs promesses, enfin à un consensus pervers qui laisse les choses empirer.

Nous sommes tous coupables, mais je veux espérer qu’un remède est possible, je l’appelle de toute ma voix.

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Je suis intimement intéressé par ce qui touche aux religions, bien que je n’en défende aucune en particulier. De plus, sachant pertinemment que des jeux de pouvoir motivent leurs plus hautes instances, un sentiment de défiance m’anime le plus souvent.

Si en France il y a eu un jour une séparation de l’église et de l’état, qui concernait alors l’Église catholique et l’État français, force est de constater que vis-à-vis d’un groupe qui se fait appeler « état islamique », dont la main armée est un fléau planétaire, tout est à repenser.

République-ment parlant, nous ne sommes pas en mesure d’accueillir les préceptes forcés de ces nouveaux pharisiens, armés de mauvaises intentions à l’égard de nos modes organisationnels en matières sociétales. Qu’aurions-nous à faire d’interprétations subjectives du Coran et de l’application de la sharia ? Historiquement, nous ne sommes plus institutionnellement lié avec les affaires divines.

Ainsi le discours anti-occidental est de mise chez certains partisans d’un islam prosélyte et invasif, en guerre contre ceux qu’ils nomment infidèles. Le terrain s’y prête et tout Français, ancestral ou récent, peut abonder en son sens. En tous les cas, Français ou non, à cause des derniers événements, le jugement au faciès reprend du service et les sémites, toutes confessions confondues, retrouvent le chemin du dénigrement, discrètement, presque sous le manteau.

C’est un peu comme si les élites abandonnaient « la masse » et que celle-ci, livrée à elle-même, se confortait dans l’inconscience et se radicalisait à son tour, trouvant dans l’actualité des prétextes à la monter contre l’ennemi désigné. Seulement, là où le bât blesse, c’est qu’il n’y a pas qu’un seul ennemi, ce serait trop facile. Il y a plusieurs ennemis, et ceux-ci s’observent et se toisent en attendant la confrontation physique.

De nos prairies natales, de lait et de miel, la façon d’opérer des radicaux fondamentalistes nous paraît des plus barbares, et c’est ce qu’elle est. Faut-il adopter à leur égard et en retour la même haine fratricide ? Possible, si l’on en juge l’impossibilité de dialogue avec le fanatisme dont font preuve les fers de lance de ses mouvements. Pour moi ce ne sera jamais une solution. C’est le piège dans lequel ces agitateurs veulent nous voir tomber, et dans lequel aucun peuple ne devrait glisser.

Le Français est-il fraternel ? Je pense évidemment à la fraternité naturelle des hommes et des femmes entre eux, pas d’une fraternité conservée entre quelques-uns dans des cercles privés qui génèrent l’intérêt de ses seuls membres. De prime abord je dirais oui. Mais cette propension positive n’est pas une généralité. L’inhospitalité et le racisme sont des facettes très factuelles sous notre latitude, il n’est guère besoin de s’étaler sur cette misère, les exemples sont pléthores. Untel pourra toujours argumenter sur l’invasion des étrangers ou de l’inquisition islamique, je répondrai que c’est notre système tout entier qui n’est pas capable d’apporter les bonnes réponses à un problème humain, et dont dieu, s’il est souvent invoqué, n’est qu’une vague excuse. La démagogie appellerait plutôt à une conduite civique et responsable. Seul point noir, la rétivité affichée de groupes refusant d’adhérer aux valeurs de la République.

D’où la grande mesure actuellement débattue en France, c’est-à-dire la laïcité. Certes, c’est une solution qui a fait suffisamment de preuves pour être défendue et mise en avant. Mais la réticence du discours islamique dont nous voyons toutes les tentatives pour forcer le système en tentant de déstabiliser l’édifice républicain, lasse une population furieuse de se voir aussi peu entendue et souvent muselée.

Il n’est pas vain de dire que les communautés religieuses nouvellement installées en France ne peuvent légitimement comprendre la signification profonde de la laïcité, quand bien même cet acquis du temporel sur le spirituel leur rendrait une indépendance naturelle.

Le problème majeur, loin du cliché qui veut admettre que l’hôte qui arrive se retourne contre celui qui l’invite, est qu’une population en rupture de repères et de travail devient une masse qui s’appauvrit. Qu’un message charismatique, une idéologie quelconque mais bien formulée se présente et ceux-ci peuvent raviver des esprits emprisonnés dans l’oisiveté. C’est malheureusement un des traits de la faiblesse humaine que de s’affilier à des dogmes. Le nazisme n’a pas été autre chose et le communisme, dans une tout autre démesure, aura lui aussi laissé dans son sillage des atrocités incomparables dans l’histoire de l’humanité.

Si nous pouvions assurer à tous, en tous les cas au plus grand nombre, l’assurance d’un travail digne et une vie décente, la colonisation des esprits par les fondamentalistes trouverait moins de supporters.

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