Syndrome viral en fiction

L’étrange et grave situation que nous traversons m’a rappelé que j’avais souvent médité sur la maladie, dès lors qu’elle entrait dans un processus d’épidémie,  et ses effets sur la population.

Le virus est un thème fondamental dans certains de mes récits.

Sans doute cela remonte-t-il à mes études dans un lycée technique où l’on m’enseignait les sciences de la vie, notamment la microbiologie, qui me projetèrent dans l’infiniment petit. Depuis cette période, durant laquelle je portais la blouse blanche des laborantins, je m’interroge sur la recherche et l’inconnu, deux portes grandes ouvertes sur la spiritualité.

Voici trois exemples à travers trois extraits empruntés à « L’ARBRE », « LA SURVIVANTE » et à « EAKIN & ILANA »

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LA SURVIVANTE

Science-fiction

Un homme de sciences est chargé par une cité dont les dirigeants n’ont plus rien d’humain de redonner vie à l’humanité. Il part pour un voyage lunaire afin de réveiller une femme en cryogénie depuis des millénaires.  

Je suis un homme seul

Parce que je suis immunisé.

Nous sommes très peu dans ce cas.

À peine une dizaine de personnes recensées sur une population d’un peu moins de cent millions d’individus.

Je les ai toutes rencontrées, leur ai posé la même question : quel sentiment leur procurait cette différence ?

La honte de ne pas être comme les autres pour l’un, la peur de l’inconnu pour une jeune femme, le doute pour l’homme mûr, un silence méfiant chez le vieillard, puis de l’ignorance pour les autres, seulement de l’ignorance.

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L’ARBRE

L’arbre est un texte synoptique en quatre parties composées en une mise en abîme de la pensée de trois personnages.

Poétique de science-fiction, le propos repose sur une guérison, et donc sur le moyen d’y parvenir.

Le gardien de l’Arbre et Haydick, un voyageur des confins de l’univers, fouillent le passé à l’aide d’une machine à voir : « L’Image des Temps ».

Ariane, la fille du gardien et épouse d’Haydick, sera leur combat ultime pour la vie.

 
L’OUBLI
 
Nous avons repris notre veille,
Les yeux fermés,
Concentrés devant « L’Image des Temps ».
La veille est possible en dormant,
Mais bien qu’elle soit épuisante,
Il vaut mieux ne pas s’endormir,
Rester vivant en somme,
Sans relâche.
Des scènes défilent dans la conscience,
Une vision intérieure des choses.
Maîtrisé-je cette technique ?
Je ne puis le dire avec certitude,
Quoiqu’il en soit je cherche,
Fouillant des hôpitaux
Et tous les dispensaires,
Toutes les universités
Et leurs laboratoires,
Je m’infiltre jusqu’aux notes perdues
Des savants les plus méconnus,
Je suis le chercheur des siècles,
Le traqueur du Mal,
Et je t’aurai,
Démon.
 
 
« L’Image des Temps ».
Haydik en a pris les commandes,
Nous ne perdons rien de ces gestes,
Il s’en sert en virtuose.
Ariane regarde avec des yeux neufs,
Il nous intègre dans l’Histoire,
Par-delà tous savoirs,
Telle une régénérescence,
Un puits vital,
Une formidable énergie
Qui défie les mesures.
Les hommes se succèdent
Et les dates défilent,
Je vois et
Je comprends,
Tout m’instruit et me forme,
Le réel est inscrit
Au burin sur le cylindre du temps.
Il manquait peu de chose
À mes anciennes découvertes.
Je les avais crues vaines,
Quand l’antidote était si près de moi.
 
L’ampleur de l’événement me redynamise,
Mon cerveau rajeunit
Et s’apprête aux défis.
 
Rien n’arrête ce processus.

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EAKIN & ILANA

Fantasy ou Cape et d’épée, c’est selon, ça dépend des passages.

Fille de roi, la princesse Ilana de Shalmir doit se battre contre une épidémie de variole, mais aussi envers la volonté des détracteurs de la vérité.

Chapitre 61

Dans les campagnes un monstre sévit — Au dispensaire, une bonne et une mauvaise surprise attendent Ilana 

 ― Ah non ! Ce n’est pas le moment de nous quereller, mon père, la variole sévit dans vos campagnes.
― Que dites-vous là, ma fille ? La variole ! Ah ! Dieux du Ciel et démons de la terre, vous ne nous préserverez de rien...
― Hein !... Allez-vous cesser de geindre et remédier à ça ! Ordonnez qu’on agisse ou beaucoup périront !
― Certes, certes... fit le roi, dont l’ennui grandissait.
 
Alors, ramassant ses forces, il secoua un cordon et un valet parut.
 
― Dites à Haddon de venir...
― Ah non, tout mais pas lui ! Donnez plutôt des ordres au docteur Laylan... des ordres écrits et signés de votre main pour qu’il remette le dispensaire en ordre, et veillez à ce que l’on vous obéisse. Faites preuve d’autorité ! Magnifiez votre puissance par des actes dignes d’un roi, enfin !
 
Ush-Suhm, embarrassé du discours de sa fille, laquelle était une fois encore dans tous ses états, fit un geste impatient à l’attention de son valet, afin qu’il se retirât.
 
« Et voilà, elle n’est pas rentrée depuis deux heures qu’elle met déjà le royaume sens dessus-dessous. J’aurais dû la laisser là-bas. » s’agaçait-il intérieurement contre lui-même.
 
― Ma chère enfant, dit le roi d’un air de dépit, n’avez-vous donc pas compris qu’il n’y a plus qu’Haddon qui peut donner des ordres ici... je n’ai plus la force de...
― Alors abdiquez, bon sang, et laissez-moi gouverner ! s’emporta la jeune femme qui sentait qu’elle aurait du mal à contenir une colère qui venait bien mal à propos.
― Ah ! Voici donc votre vrai visage ! dit le roi en la regardant de travers. Je savais bien que vous n’aviez pas changé et que vous guettiez cette couronne que vous espérez tant.
― C’est pas vrai, MERDE ! jura Ilana pour la première fois de sa vie.
 
Chauffée à blanc, la princesse de Shalmir sortit sur la terrasse. Quelque part dans ces campagnes, un fléau rampait et tout le monde s’en fichait. Elle respira un bon coup et repartit à l’attaque avec la ferme intention de rester maîtresse d’elle-même face à son buté de père. À genoux devant lui, elle lui tint alors ces propos :
 
― Papa, je ne te comprends pas ! Tu préfères abandonner le royaume aux mains d’un vulgaire despote plutôt qu’à ta fille ? Mais qu’est-ce que tu as contre moi au juste pour m’écarter sans cesse de ce qui me revient de droit ? La couronne... la belle affaire...  du fer blanc et des cailloux, voilà ce que c’est ! Mais le peuple, mérite-t-il que VOUS l’abandonniez ? Je vous en prie, mon père, redevenez celui en qui j’ai toujours vu un modèle. Que m’importe la royauté si elle n’incarne pas la gloire de mes aïeux. Relevez-vous ! Faites quelque chose, je vous en supplie...
 
Ce message, la douceur soudaine de sa petite princesse, le roi fut touché et allait lui répondre lorsqu’Haddon pénétra dans la pièce. Par la porte, restée ouverte, il avait tout entendu en arrivant.
 
― Haddon ! Nous avons un cas de variole à Shalmir, s’exclama le roi. Ma fille l’a découvert cet après-midi.
 
Le ministre eut l’air embarrassé. Que la princesse fût allée vadrouiller ne l’arrangeait pas beaucoup. Si elle avait pu voir ce dont le roi parlait, elle avait pu voir bien d’autres choses.
 
― La variole ? Dites-vous vrai ? Cela serait ennuyeux, en effet. Et...  où cela ?
 
Mais comme Ilana se renfrognait, il reposa sa question :
 
― À quel endroit, exactement, Votre Majesté aurait-elle été le témoin de ce fléau ?
― Ici même et à l’instant, répondit-elle du tac au tac.
― Pardon ? Votre Majesté... fit Haddon qui n’avait pas percuté sur le trait d’esprit de la jeune femme.
 
Mais Ilana, qui avait d’autres soucis en tête, n’eut que faire de la sottise du ministre.
 
― Qu’avez-vous fait du dispensaire ? demanda-t-elle brutalement au ministre.
― Nous le restituerons plus tard, dit Haddon, soudain vexé et se faisant plus tranchant. Aujourd’hui, soyez-en informée, l’heure est grave. Des éléments séditieux compromettent la sécurité du royaume. Votre père, le roi, a estimé qu’il fallait y mettre fin, et nous y parviendrons, croyez-moi ! Ainsi, puisque nous enrôlons des forces supplémentaires, il nous faut...
― Où sont les malades ? le coupa Ilana qui connaissait la suite.
― Hmm... eh bien, chez eux, voyons ! Où voulez-vous qu’ils soient ? répondit le ministre en feignant l’indignation avant d’éluder la question : ― Mais enfin, Votre Majesté, est-il question de la variole ou du dispensaire ?  
― Des deux, espèce de crétin ! laissa échapper Ilana avant de se tourner vers son père et reprenant avec lui un ton doucereux. ― Père, je vous en prie, rouvrez le dispensaire. Ne laissez pas ces malheureux subir leur sort sans vous en soucier... Aidez-les ! Il est de votre devoir de leur apporter votre soutien... Si vous ne faites rien, vous savez ce qui arrivera... n’est-ce pas, vous imaginez les conséquences...
― Votre Majesté ! s’interposa Haddon dont le sang montait à la tête. Dites-nous plutôt où se trouve ce foyer infectieux, à la fin ! Sire, insistez auprès de la princesse pour qu’elle nous en instruise au plus vite, afin que nous réagissions dans les plus brefs délais.
― Haddon a raison, Ilana, il faut faire vite...
― Mais que croyez-vous que je sois en train faire, papa, renchérit Ilana, excédée par le cours de la discussion.
― Votre Majesté, allons, ne nous faites pas perdre plus de temps, indiquez-nous l’endroit, la pressait encore Haddon.
― Et qu’y ferez-vous ? lança-t-elle au ministre, sûre de son incapacité et redoutant sa duplicité.
 
L’homme du roi hésita. Il avait déjà imaginé une solution, bien sûr, et radicale, mais il estimait qu’il ne devait en aucun cas en informer la princesse, pas avant de l’avoir mise en œuvre. Il lui fallait donc contourner l’entêtement de cette satanée grue.
 

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En chapeau : Arthur RACKAHM, illustrateur anglais. 

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