Sur « Les ÉCLAIREUR.ES » II

Le présent était imprévisible et il le restera. Pourtant, tous les curseurs géopolitiques s’affolaient au point d’être au rouge carmin en 2019. Un peu partout autour de la Terre, les gouvernements sont conspués pour leur mauvaise gestion du bien commun et pour leur corruption. Ce mouvement planétaire de désobéissance se heurte à la violence policière, partout.

Il devient plus que jamais nécessaire de résister et de désobéir par tous les moyens aux différentes formes de contrôle qui se mettent aujourd’hui en place. Elles ne se cachent même plus pour installer leur matériel de surveillance dans les villes. C’est notable durant les élections, des gens votent pour plus de sécurité, plus de police, plus de caméras, au détriment de leur liberté individuelle et de celle de leurs enfants.

Si je n’ai pas beaucoup de sympathie pour ces défenseurs du système carcéral qui s’étend d’Ouest en Est, force est d’accepter que l’humanité doit composer avec eux, malgré leur trahison perpétuelle. Dans cette optique, l’idée de fraternité est difficile à conceptualiser, à moins qu’elle appartienne plus spécifiquement à des conglomérats occultes se réservant les biens communs.

De même pour l’humanité. Qu’est-ce que c’est ? Des milliards d’êtres humains dont je n’ai pas croisé les yeux de plus d’une poignée d’entre eux. Quel amour de mon prochain quand celui-ci, dès qu’il dispose d’un semblant de pouvoir, tend par tous les moyens à contraindre son voisin, son employé, son serviteur, et souvent sa propre famille ?  Quelle compassion pour des peuples esclaves et bourreaux de leur condition et de celle des autres ? Ces questions de l’empathie pour la race humaine interroge jusqu’à mon existence.

Qu’ai-je, enfin, à donner, à apporter à des êtres si lointains dont quelques-uns, assez proches de moi, dédient leur vie à l’exercice coercitif du pouvoir, c’est à dire à la répression. Ce phénomène s’insinue jusque dans les milieux culturels qui, sous prétexte d’accessibilité, encensent des élites exerçant des pouvoirs purement intellectuels sur des masses qu’elles méprisent.

Les Éclaireur.es sont parmi nous.

De fait, à tous les niveaux de nos sociétés, les rouages démocratiques se grippent au profit d’un réseau mondialiste sur-protégeant ses intérêts particuliers. Nous voyons bien aujourd’hui, en ce premier trimestre 2020, à quel point le lobby de l’industrie pharmaceutique est cruel et n’hésitera pas à sacrifier, ou laisser mourir, des millions d’individus, femmes, hommes et enfants, pour parvenir à engranger sur le sort des survivants des sommes colossales.

Et les dirigeants des pays suivent, presque tous, dans cette course à l’armement juridique, économique, chimique, policier, contre les peuples, contre vous, contre moi.

Dans ces perspectives des moins souhaitables mais malheureusement probables, l’auteur dispose de peu d’outils, à défaut de parler d’armes, pour débouter la prétention de ces seigneurs si enclins à vouloir instituer une nouvelle féodalité.

Les ÉCLAIREUR.ES sont un appel littéraire à la résistance, à la désobéissance, à la coopération, à l’amour, mais aussi au courage de la justice personnelle, à défaut d’être divine. Sans doute n’y aura-t-il pas de demi-mesure pour combattre les plus dangereux d’entre nous, ceux qui n’hésitent pas à assassiner, au nom de la démocratie, de la paix, de la concorde, et de Dieu encore et toujours, leurs populations.

Avec espoir, je tends à croire que mes personnages, réels ou fictifs, sont plus proches de l’être que du paraître et agissent pour la dignité de l’espèce, si elle le mérite. Après tout, si nous imaginions un instant que l’intelligence nous fasse subitement défaut et que nous ne sachions plus utiliser nos mains que pour marcher à quatre pattes, que serions-nous de moins que ce que nous sommes déjà ?

Nous avons besoin de désobéir et de réunir nos désobéissances, que ce soit dans les arts ou la littérature, la science ou la foi, afin de renforcer cette humanité souvent si ténébreuse, pour ranimer sans cesse et toujours l’espoir de la lumière.

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Les ÉCLAIREUR.ES est mon quatre-vingtième opus publié. À l’heure où « l’humanité » est confinée et reléguée dans de nouvelles inégalités, publier en toute indépendance reste une source d’autonomie intellectuelle vitale. Je dédie cette publication à tou.tes celles et ceux qui s’insurgent contre l’ordre mondial profitant de cette période pour concevoir unilatéralement les dictatures de demain.

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L’image mise en avant de l’article : « Anges de Sarajevo » (1993) par Louis JAMMES, éclaireur de notre époque. Plus bas, deux illustrations différentes pour un même opus grâce également à la gentillesse de Yann LAYMA.

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