OR LA LOI

Bonjour C, te voici donc juge et parti. Très bien, j’ai lu ton appel et j’y réponds avec plaisir et curiosité. J’avais envie depuis quelques temps de t’envoyer quelque chose à lire, donc cela tombe bien même si ce n’est qu’un aperçu, plus proche d’un synopsis que d’un scénario. Commençons par l’idée, après on verra si tu désires approfondir.

Je ne te parlerai pas ici du roman de cape et d’épée déjà débattu. Trop volumineux, trop de personnages, trop de lieux, trop de descriptions et, après réflexion, je n’ai guère le temps de me lancer dans une contraction de texte pour le moment.

J’ai donc choisi deux autres récits, ou deux idées si tu veux, pouvant avoir une ouverture sur la réalisation, sans souci de réalisme quant aux moyens à mettre en œuvre. A chacun son métier.

OR LA LOI   est un polar à la sauce poétique.

Je l’ai écrit lorsque Jospin était Premier Ministre. Cela a toute son importance. La plupart des thèmes débattus dans le récit découlent de faits divers qui se sont produits à cette époque et que j’ai pu lire dans Le Parisien ou recueillir à travers les discussions fortuites qui s’échangeaient au coude à coude sur les petits zincs de Paname. C’est le traitement bien-pensant de la politique d’alors, qui camouflait les vérités et dont les gens s’indignaient, que je dénonçais dans mes vers.

Après un bref aperçu de l’histoire, quelques lignes te donneront le ton.

« Un personnage de condition ouvrière troque son identité sur la proposition d’un de ses camarades mourant. Devenu un autre il devient justicier, prenant aux voleurs et rendant aux bonnes œuvres. Sa querelle motivée par un acte de terrorisme pendant lequel sa petite amie est décédée (des islamistes radicaux ont fait sauter la pyramide du Louvre), il « bute » sans sommation les coupables, puis les corrompus, les mafieux, les ordures, bref, tout ce qu’il trouve d’injuste avant de disparaître dans l’anonymat, reprenant une vie médiocre de chômeur, fondue dans la masse, seul. Après un « coup » où il est blessé, il trouve refuge sur une péniche chez une femme dont il partage un moment la vie et le travail au chalandage. Devant ses exploits, relatés par une presse friande de ce genre de chronique, un journaliste cherche désespérément à l’interviewer. »

 15 novembre 2009

§§§

 

OR LA LOI (Extrait)

N’est pas hors la loi
Qui veut
Question de karma
Le destin formule les existences
Les choix se profilent dans la réalité
Pas de fantasmes là-dedans
N’en déplaisent aux bourgeois
Aux désœuvrés
Aux éditeurs
J’ai tué mon premier homme
Il y a plus vingt ans maintenant
Je ne m’en serai guère cru capable
Si n’y avait eu cet événement
C’est drôle
Aujourd’hui tout est calme
Si calme
Je pourrais oublier
Et ne plus m’en soucier
Ici
Loin des heurts
Loin des hommes
Et de leurs connivences
Tout ça ne m’intéresse plus
J’apprends à renaître
A goûter les bienfaits de la vie
Je regarde Marie
Dans la cuisine
L’air est chaud sur le fleuve
La péniche est comme immobile
En suspension
Dans l’éther
Je profite de ces instants
Du détachement
Du lointain
Et de toutes choses
Marie s’affaire
Elle nous mijote un bon repas
Pour souper
Je suis torse nu
Je sirote une bière
Très fraîche
En attendant

 

§§§

 

Bonjour C,

T’entendre m’a procuré beaucoup de plaisir et même un certain réconfort. Je me demande si en répondant à ton message je n’avais pas profité de l’occasion pour te tendre une main et partager un moment avec toi.

Après, discuter de nos métiers, c’est du matériel. Mais à travers cela, il me semble vouloir ressembler à mes personnages, qui réussissent à se détacher du monde et inventer leur vie, loin des codes et des lieux communs, quitte à prendre des risques. Mon projet futur ― pour employer tes termes ―, et ce très certainement depuis l’enfance, est compris dans cette envie et tient tout entier dans mon quotidien. L’écrire n’est qu’une façon de l’exprimer comme une autre et je ne saurais dire pourquoi cette activité est celle que j’ai choisie. D’ailleurs je vois autour de moi des gens de toutes conditions qui n’ont pas besoin de reconnaissance pour connaître la plénitude et la partager.

Quand je te disais « tardif », je voulais parler de cette reconnaissance, à laquelle un écrivain peut prétendre. Cependant reconnaître un écrivain à la pile de papiers qui se trouve devant son nez n’est peut-être pas l’unique instrument de mesure pour se rendre compte de ses qualités. Une petite phrase bien enlevée vaut mieux que de longs chapitres fastidieux. Et surtout une pensée bien construite est préférable aux élucubrations mal formées des imposteurs, race nombreuse au demeurant à laquelle j’ai depuis longtemps tourné le dos.

Seulement il s’avère que j’ai de plus en plus de mal à me mêler à cette communauté que j’appelle « l’élite en toutes choses matérielles » et ses réseaux m’affligent. Devoir la solliciter pour lui parler de mon petit bout d’être me coûte tellement que mon absence sur la scène se prolonge et durera certainement, qui plus est parce que personne ne m’attend. J’entends parfois des artistes ou d’autres écrivains parler de leur travail. Quel ennui profond ! Tous leurs stratagèmes sont navrants. Il n’y a qu’eux, eux et encore eux. Me faudrait-il devenir un emmerdeur pour réussir. Si, pour être lu, il faut passer par ça, je préfère rester un inconnu à jamais. Après tout quelle différence cela ferait-il ? Aucune ! et cela ne m’empêchera pas d’écrire tant que Dieu me le permettra. Et puis je vois bien alentour à quel point certains se débattent et se salissent sous les lustres de l’ambition pour briller. Au moins, en restant en retrait, ne partageant qu’avec un petit nombre, je me sens en sécurité. Mon travail, voire mon œuvre, qu’on appelle ce produit de ma conscience comme on veut, peut ainsi mûrir sereinement. Nulle échéance ne me guette, j’ai le temps. Le temps. Et ce temps est le mien avant tout.

« OR LA LOI » est de cette trempe.

Je t’envoie mes vœux les plus chaleureux.

Michel

5 janvier 2010

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Salut C,

Vu un très joli minois
J’ai cru que c’était toi
Mais peut-être est-ce toi, photographiée avec talent
Car tu es très jolie

Bon…
La der au téléphone c’était particulier
Du temps pour te répondre
Tu ne sais pas tout, évidemment, mais j’aime bien une partie de ton analyse
Une partie seulement

Tu as vu ? « Hors la loi » est à la mode
Mais mon « OR LA LOI » c’est autre chose
C’est d’la balle, comme on dit
Mais c’est surtout de la poésie
« Du Godard moderne » m’a-t-on dit
Parce que je l’ai écrit en pensant image
C’est surtout du Rob’ Milaire
Un autre ego, bien sûr

Bref, OR LA LOI sortira un jour
Tu peux passer à côté, le héros est anonyme
Comme tous les justiciers

Bises

Michel

1° octobre 2010

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