Méséditions

« Éditer est une forme évoluée de contestation. »

 

 Je ne suis pas né écrivain ni éditeur, et si l’écriture m’est venue au long d’un processus complexe, ce n’est que tardivement que l’édition m’est apparue comme une pratique essentielle pour ce que j’écris.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, j’aimerai rendre un hommage à un homme que j’ai peu connu mais qui, à chacune de nos brèves rencontres, m’a légué une envie d’être et de faire.

C’est grâce à son ami Gildas Le Reste, directeur de l’École d’Arts Plastiques de Châtellerault, que cette rencontre a pu avoir lieu. À l’époque ― nous sommes au début des années 90 ―, j’étais en quête d’œuvres à présenter dans une galerie que je tenais dans le quartier des Halles à Tours. Gildas avait son atelier à deux pas et il n’était pas rare que je lui rende visite. Un jour que nous avions tous deux un moment, il me proposa de rendre visite à Pincemin, dont il m’avait souvent parlé.

Nous avons pris l’autoroute, puis la route, jusqu’à Authon-la-Plaine, un village en Beauce où Jean-Pierre disposait, non loin de l’église, d’une maison d’habitation et d’un vaste corps de ferme qui lui servait d’atelier, aussi bien pour ses gravures que pour quelques-unes de ses sculptures.

Je me souviens avec délice du repas auquel il nous convia, des tripoux qu’avait cuisinés sa compagne, et de la lucidité avec laquelle il s’exprimait sur le marché de l’art. Ce n’est qu’après le déjeuner qu’il nous conduisit dans ses ateliers et que nous avons surtout parlé de ses gravures.

J’étais un jeune marchand et je ne pouvais prétendre à exposer ses toiles, trop importantes au regard du transport et trop chères pour être assurées, ni moins encore ses sculptures, trop grandes pour un espace aussi modeste que le mien.

En revanche ses gravures, plus intimistes, pouvaient très bien orner mes cimaises et, en partant, j’avais assez de matière pour réaliser une exposition de qualité avec des œuvres en quantité non négligeable.

C’est l’exposition dont je garde le meilleur souvenir, sans doute aussi parce que de tous les artistes avec lesquels j’ai eu la chance de travailler il fut aussi le premier à nous quitter.

Cependant Gildas aussi organisait des expositions et lorsque Pincemin fut l’hôte de son école d’arts plastiques, je m’y rendis pour les revoir tous les deux et passer un de ces moments rares en compagnies de grands artistes.

Comme c’est parfois le cas, des éditions viennent appuyer les œuvres exposées dans les galeries d’expositions, privées ou institutionnelles. Ce soir-là un livre de Louis Dalla Fior, poète : « Répertoire d’une œuvre », récemment édité par l’artiste lui-même, remplissait l’office essayiste dont une exposition digne du nom ne peut se départir.

Il m’est difficile de me souvenir de l’instant durant lequel je me suis présenté à Jean-Pierre Pincemin avec son livre à la main pour qu’il me le dédicace. Cet homme si chaleureux s’est amusé de mon patronyme et l’a illustré avec une telle agilité que j’en fus ébloui.

Quand il m’a rendu le livre avec sa dédicace, j’ai instantanément su que le dessin qu’il avait tracé, debout au milieu de l’école et parmi les nombreux amateurs, serait aussi pour moi un symbole important dans le futur.

 

C’est à partir de cette dédicace que j’ai imaginé l’emblème de Méséditions.

 

Cette police de caractère est une Chiller, créée par le designer anglais Andrew Smith.

 

Jean-Pierre PINCEMIN

J’aime beaucoup cette image, tirée d’un film de Claude Mossessian sur Pincemin lors d’un entretien réalisé en 1991, parce qu’elle me rappelle l’accueil que nous avons reçu, Gildas et moi, quand nous l’avons visité à Authon-la-Plaine un an plus tôt. Si elle est de qualité médiocre c’est parce que je l’ai reproduite après l’avoir enregistrée sur mon ordinateur d’après une capture d’écran. Cependant elle rayonne d’un climat de plénitude que Jean-Pierre inspirait de son vivant.

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