Au Livre citoyen.nes

L’époque n’est pas tendre avec les faiseurs de sens qui ont besoin de
s’exprimer en toute indépendance alors qu’autour d’eux tant de dangers
menacent. La norme en vigueur dans de nombreuses disciplines artistiques ou littéraires, otages du marché, est un de ces fléaux.

L’écart entre les auteurs et le lectorat est aux antipodes de ce qu’il
devrait être quand les secousses du monde actuel fragilisent les rapports
humains au détriment de la concorde et de l’invention collective.

L’auto-microédition participe à sa façon à ce constat, bien qu’elle soit
dans sa conception un travail solitaire. Des contraintes existent toujours, mais dans l’espace créatif que génère un tel procédé, des percées apparaissent et l’auteur-éditeur peut s’y engager, autant par curiosité que dans le but de faire exister ses écrits pour mieux les partager.

À chaque époque ses écrivains, ses éditeurs, ses imprimeurs et enfin ses
libraires. J’ai déjà parcouru différents chemins où mes textes ont voyagé et se sont échangés. De la main à la main, sur les tréteaux d’un bateleur de
campagne, dans des salons dédiés à l’autoédition, dans les travées de nos
villes et villages lors de festivals en faveur littéraire, dans des réunions
intimistes, et parfois parmi une pléiade de peintres, de photographes et de
sculpteurs.

Il me souvient même, en m’inspirant des mémoires d’Henri Miller, de l’avoir imité en arpentant les terrasses des cafés mes ouvrages à la main en quête d’amateurs inopinés.

Au niveau des librairies à Tours, il n’y a eu que Le LIVRE, place du Grand-marché (ou du Monstre, ou du Gorille, ou de Godzilla) dans le Vieux-Tours, pour reconnaître un travail de conception original et l’accueillir parmi ses choix littéraires. À mon avis, un libraire conscient de sa mission est un gage essentiel pour un écrivain. Merci à Laurent et Martin pour leur confiance.

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L’âme du peintre au jardin

Prométhée déchaîné, 
Homme enraciné dans bain naissance du monde sauvage
Résistant désordre réfléchi inconscience maîtrisée,
Le verger spontané ordonné
Cultivé à la source d’une rose,
Le poisson baigneur dans ces canaux de repos,
La fleur de jasmin sur les épaules de cet enfant-roi,
Un lotus bleu sur sa poitrine,
Ton pouvoir ô Narcisse moderne
Plein des richesses immatérielles

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L’ARCHANGE

http://michelpommier.com/aproposdelunique/

« Pour beaucoup, déjà, vous êtes un démon, savez-vous ? “Le mal qui marche”, disent certains peuples. Il faut dire que l’inquiétude grandit, et par là toutes sortes de croyances donnent du crédit à la moindre rumeur. Je pense que l’humanité est restée inculte et sauvage, voyez-vous, et notre génie n’est pas toujours guidé par une vision épanouie ou positive, c’est même trop souvent le contraire. L’esprit de l’homme est épais, on le sait, mais l’attente de la réalisation d’une promesse peut motiver notre condition et l’élever. À cause de vous, on dirait que chacun, d’un seul coup, se met à rechercher la perfection, comme pour se préparer à un événement important. Attendez, ce n’est pas tout… des rapports décrivent une série de faits inexplicables. Voyez celui-ci : il fait état de miraculés dans un charnier du Caucase, lisez leurs témoignages. Comment voulez-vous que ce genre de phénomène ne secoue pas l’entendement ? Mais enfin, qui ne serait pas sceptique, même en votre présence ? »

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EAKIN & ILANA

Comme les décisions viennent toujours d’en haut, le château surplombe une cité, Mésil, où les habitations s’agglomèrent depuis les faubourgs entre des ruelles parsemées, çà et là, d’échoppes en tout genre et où fleurit un commerce le plus souvent interlope. Chacun le sait, quand l’étroitesse d’esprit d’un état opprime sa population, les plus malins deviennent des ombres alors qu’ils méritent les feux de la gloire.

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Éléphants

Johanna

Place de la Concorde, l’aube naissante, quelle que soit l’heure un désert, je roule plein sud, le soleil passe difficilement à travers la poussière, au pied de l’Obélisque, couché, j’ai enfin décidé de déhotter, en guise de véhicule un choix pratique, dicté par les circonstances, un 4×4 six roues, c’était ça ou un caddy de supermarché, j’ai vite choisi, plus une remorque tant qu’à faire, deux semaines pour apprendre à conduire ce mastodonte, et deux mois pour faire un tri, charger, ranger, optimiser, deux mois et demi pour tenter d’être pas trop conne…

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L’ARBRE

J’ai ramené deux trois bricoles. Des amulettes qui changent de forme selon notre humeur. Idéales pour contrôler nos errances psychiques. Pas une colère n’y résiste, ou bien il faut en accepter les formes particulièrement obscures. Ce qui est profondément désagréable. Qui peut soutenir le regard de sa laideur ? Par contre l’effet serein est riche de bien-être et l’amulette lévite. J’en offre une à mon nouvel ami. Il est surpris de son poids et de sa forme concentrée et dense comme un noyau. J’en offre une également à cette jolie jeune fille à qui je cherche déjà un nom. Dans sa main l’amulette vibre et lance des pourpres vifs éclatants. Je suis gêné. En croisant ses yeux, j’ai senti que le vieillard avait compris.

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