Essai sur le discours du Premier Ministre le 13 janvier 2015

Le mardi 13 janvier 2015, soit quelques jours seulement après les attentats qui ont secoué Paris, Manuel Valls, Premier ministre de la France, s’est exprimé de façon nette devant l’Assemblée nationale :

« Il faut toujours dire les choses clairement : oui, la France est en guerre contre le terrorisme, le djihadisme, et l’islamisme radical. »

 Ces propos n’ont pas été sans être remarqués, cependant ils ont bien vite disparu de la version écrite proposée sur le site du gouvernement. C’est ma première remarque.

Ensuite, si nous sommes effectivement en guerre sur notre propre sol, pourquoi les terroristes sont-ils armés quand les Français ne le sont pas ? Aujourd’hui, hormis une rare intervention d’anges de combat, (Attentat déjoué dans le train Thalys entre Bruxelles et Paris le vendredi 21 août 2015), un individu peut ouvrir le feu en n’importe quel lieu du territoire en toute quiétude, il sera quasiment sûr de ne trouver aucune résistance, et cela n’est pas normal.

 

Bajo el Fuego - Perrin

« Bajo el Fuego » installation de Philippe PERRIN durant la XI° biennale de La Havane à Cuba en 2012.
Enclos métallique et filet de camouflage noir.

 

La question que je me pose peut aussi se poser en termes philosophiques que tout le monde comprendra. Je cite Thomas Hobbes, philosophe anglais du XVII° siècle : « Si aucun pouvoir […] n’est assez grand pour assurer notre sécurité, tout homme se reposera sur sa force et son habileté pour se garantir contre les autres. » Sommes-nous alors dans une situation exceptionnelle qui nous intimerait de prendre individuellement des dispositions tout aussi exceptionnelles, quand bien même elles ne seraient pas conformes aux règles en vigueur ? Sommes-nous aujourd’hui dans le domaine du droit naturel ou de la loi ? C’est un débat que nous avions cru résolu depuis longtemps, force est de constater que non.

J’espère que l’hymne national, qui a été chanté par les représentants du peuple dans l’hémicycle ce même 13 janvier, ne soit pas qu’un effet de la grande messe médiatique.

Par ailleurs, toujours dans ce discours, l’interprétation donnée à l’attentat dans l’hyper casher me chiffonne. Que les familles des victimes, si elles parcourent ces quelques lignes, veuillent bien m’en excuser, mais pas une seule seconde il me vient à l’idée de minimiser la violence de ce qui s’est passé ce triste jour qui les a endeuillé.

Il semblerait, mais les renseignements de police ont été assez évasifs sur ce sujet, en tous les cas avec la presse et avec l’opinion publique, que l’auteur de cet attentat ne soit pas entré dans cette épicerie selon une stratégie calculée, comme celle qui avait mené la veille deux terroristes dans les locaux de Charlie Hebdo. Au contraire, il se pourrait que ce fût un pis-aller dans la fuite, soit un hasard.

Je ne dis pas que le gouvernement se serait servi de ce fait pour l’instrumentaliser, mais force est de constater que le mobile antisémite, absent jusqu’alors de ces abominables événements, est devenu dans la bouche de M. Valls un sujet inattendu qui s’intercalait dans cette actualité.

Je comprends que M. Benjamin Djiane, conseiller discours du Premier Ministre à Matignon, se soit laissé emporter par ses convictions religieuses, mais ce n’était peut-être pas le moment de rajouter de l’huile sur le feu, comme c’est si souvent le cas dès qu’il s’agit des affaires juives en France.

Nous savons tous en France à quel point l’antisémitisme est un sujet chargé de douleur. N’était-il pas plus judicieux de reconnaître que les victimes de l’hyper casher étaient tout simplement des Français.

Du coup le sort des dessinateurs semble relégué au second plan. De plus, le propos fait de l’islam, en l’affublant d’un « isme » et en le qualifiant de radical, le principal ennemi, et le tout confère à ce discours une note communautariste évidente.

La République se doit à toutes les communautés, elle n’a pas à faire montre de préférence, surtout en pareil moment. Un minimum de tact et de déontologie politique aurait été le bienvenu.

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