Devenir ? Tours

Par curiosité et pour le débat citoyen, mais aussi parce que j’ai quelques idées comme tout le monde, je suis allé sur le premier site visitable des 8 sites proposés à la vente par la Mairie de Tours sous un concept médiatique concurrentiel : « Devenir Tours ». J’avais envie de savoir ce qu’il en était, donc je me suis déplacé au carrefour Jemmapes avec l’esprit ouvert et enchanteur.

Évidemment, comme je l’avais pressenti, des promoteurs immobiliers, et pas des moindres, étaient sur place. Au moins aurons-nous appris, par l’un d’entre eux et durant les premiers bavardages matinaux, que des réunions préalables avaient déjà eu lieu, permettant aux initiés de prendre de l’avance. D’ici à conclure que des projets sont d’ores et déjà sur les tables de dessin des architectes et dans les tableurs des gestionnaires, il n’y a qu’un petit pas pour l’humanité.

Pour les habitants du quartier que nous sommes, associations locales ou collectifs, ce simple droit d’être présents pour faire potiche est un constat assez rude en soi. Ça a rappelé à certains les CVL (conseils de vie locale) version Jean Germain, pendant lesquels un héraut venait dans les quartiers dispenser la bonne parole de la Mairie sans jamais la moindre écoute en retour. Du coup, une demi-heure n’est pas passée que le propos donne l’impression à certains que l’affaire est — comme le dira un « porteur de projet » associatif — déjà « ficelée » et que cette concertation cache un détournement d’attention sûrement orchestré en amont.

La preuve en est que pendant que nous avons à discuter de sites périphériques, il est à remarquer que les sites de la Ville de Tours qui patinent et qui méritent le plus l’attention du public, à savoir la place Anatole France, baptisée Porte de Loire par l’équipe municipale actuelle — mais que pour ma part j’aime appeler : l’Agora — et le haut de la Tranchée, ne figurent pas dans le projet. Pourquoi ?

Avant de vous donner la réponse du maire, je propose aux Tourangeaux/elles de réintégrer ces deux nouveaux sites au concept pour en porter le nombre à 10.

La réponse du maire, dont je vous rappelle au passage que personne n’a voté pour lui à Tours, est claire : « Ces sites sont déjà vendus ».

Circulez !

Non, cher Monsieur ! On ne va pas circuler comme ça, ce serait trop facile. Ces sites nous appartiennent, les Tourangeaux/elles ne sont sûrement pas d’accord pour que vous les bradiez. Il s’agit du territoire communal, de notre territoire, de l’espace public !

C’est quand même impensable, la communication de la Ville de Tours veut faire passer pour de grands projets de vulgaires cessions. Désolé, mais il faut appeler un chat : un chat, et une vente : une vente.

Quant à l’innovation, le mode de fonctionnement est calqué sur celui d’autres villes, comme Angers, sur laquelle le maire appuie son concept, et qui donne cet aspect si redondant et totalement dénué d’originalité. Il s’agissait là ni plus ni moins que de donner des prétextes à des groupes immobiliers pour implanter leurs projets financiers. Et les lauréats furent : La Compagnie de Phalsbourg, le Groupe Giboire, Vinci Immobilier, Lamotte, ATAO Promotion / Open Partners, Provicis, et leurs architectes respectifs, soit une représentation locale plutôt absente du projet.

Circulez !

Voilà ce qui nous attend à Tours…  Une dépossession de notre foncier au profit de groupes affairistes alors qu’il y a tant à faire. Un peu de Novlangue, une communication bien manœuvrée et nous autres, Angevin.es et Tourangeaux/elles, devons « participer » à notre appauvrissement territorial, qui plus est en fournissant gratuitement notre matière grise aux promoteurs, qui auront la bonne volonté d’intégrer « les projets les plus innovants » dans leurs réalisations.

Car l’idée repose sur une mise en concurrence, soit une compétition entre des acteurs/trices qui veulent bien s’aligner sur la ligne de départ de ce concours, en vue d’une sélection. Qui dit sélection dit jury, et qui dit jury — surtout dans un village de la taille de Tours — dit petits réseaux d’intérêts, et, comme je l’écrivais un peu plus haut, des projets ont déjà pris de l’avance sur les associations locales et les riverains, lesquels n’ont pas non plus les moyens des promoteurs, sachant que certains lieux ont des prix de réserve qui se chiffrent en millions d’Euros. Nous en saurons un peu plus quand nous connaîtrons les membres du jury, ce qui devrait être très instructif.

Afin que cette dynamique soit vraiment innovante, à nous, citoyens, riverains, associations et collectifs tourangeaux de porter à 10 le nombre de projets en commun, plus ceux qui sont dans les tiroirs, et que nous puissions tous ensemble, nous, Tourangeaux/elles, les développer dans un élan raisonné et patient.

La réponse du maire concernant ces règles du jeu, décidées en amont sans aucune concertation, ni avec le public ni avec les riverains, est claire : « Les règles ne seront pas revues ».

Circulez !

Mais comment éviter le parallèle avec les différentes manifestations en France qui remettent en cause le gouvernement dans sa gestion antidémocratique de la vie sociale. Apparaît ici aussi et au grand jour la façon dont les élus, à tous les niveaux, s’accaparent le droit de disposer des biens qu’ils sont censés gérer pour la communauté. Aussi m’interrogé-je sur la situation dans ma ville, qui pourrait ressembler de très près à celle du pays. Des années d’abus ont laissé croire aux élus qu’ils pouvaient tout se permettre, il est bon de leur rappeler que ces abus peuvent être sanctionnés.

Janvier 2019 – Acte XII des Gilets jaunes à Tours

Quant à circuler, il y a toujours un moyen de passer. Ce que je vois, et que je défends depuis plusieurs années, ce sont toutes les opportunités qui permettraient aux Tourangeaux/elles au chômage de reprendre pied socialement, pour celles et ceux qui le souhaiteraient, et de revenir à la table du débat quotidien par la grande porte. Un peu de dignité dans ce pays ferait du bien. Les évènements sont là pour en attester le bien-fondé, aussi n’est-il pas opportun de céder ces sites.

Franchement, le tissu citoyen local intéresse-t-il les groupes financiers qui étaient présents ce jour-là au Carrefour Jemmapes ? J’en doute fort. Je les imagine plutôt, eux et leurs actionnaires, venir avec leurs grues, bâtir plus ou moins bien et vite des immeubles avec des pots de fleurs sur le toit pour faire vaguement écolo, et repartir aussitôt avec la promesse de plus-values à la revente, alors que la Mairie continuera de toutes les façons à baisser les subventions aux associations caritatives et à se voter, comme le fait régulièrement le gouvernement et les parlementaires, des augmentations de salaire.

Par ailleurs, l’agenda de Devenir-Tours fait preuve d’une telle impatience qu’il est évident que seules de grosses structures auront le loisir de travailler dessus, donc il est loisible d’imaginer que les jeux sont déjà faits. Là encore, il faut se ressaisir et prendre le temps de faire correctement les choses.

Du coup, le débat autour de la dépossession du foncier tourangeau devient essentiel, avec l’Agora de la place Anatole France, bien sûr, et le haut de la Tranchée, sans oublier le sort de l’École Victor Hugo, que des technocrates veulent déplacer et accoler à un parking en silo, plus d’autres projets à venir, tel que le Menneton ou les terres de l’aéroport au nord de Tours (qu’il faudra dépolluer, réensemencer, reboiser et utiliser collectivement) et dont j’ai déjà écrit à ce sujet sur un autre média.

http://petitionecoletranchee.wesign.it/fr

Ces ventes dissimulées, si elles ne sont pas à proprement parler malhonnêtes car tout est légal sur le papier, n’en sont pas moins une manœuvre peu honorable de la part de nos édiles. Il est vital de conserver ces terrains et ces lieux de vie, d’ateliers,  d’accueil et de nature au sein même d’un seul et unique projet à thème naturel et humain, et le vider, au contraire, de ses aspects marchands, concurrentiels et, à la fin, privatifs, quels que soient les rédactionnels racoleurs et vides de sens que ne pourront éviter les futurs lauréats, lesquels se connaissent et s’affrontent régulièrement, comme les mêmes éditeurs se retrouvent chaque année autour des mêmes prix littéraires et se relaient dans les bacs des libraires.

Enfin, le débat est permis et salutaire.

Car j’avais appris par hasard ce jeudi matin que le maire se déplacerait à 14 h salle 121 aux Halles pour discuter du PLU et de Tours-devenir.  Alors j’y suis allé avec mes questions en compagnie d’un ami avec lequel nous devions travailler sur un logiciel d’édition. Bon, nous continuerions plus tard, c’était l’histoire d’une heure ou deux. Comme nous étions arrivés en avance, mon ami et moi nous sommes faits la même observation en voyant arriver les un.es et les autres, assez nombreux pour remplir la salle, alors que nous ne connaissions personne, sinon pour ma part deux « porteurs de projet » rencontrés ce matin sur le site de Jemmapes.

Je suis très éloigné du réseautage municipal, aussi fut-ce assez amusant de constater que ces femmes et ces hommes, venu.es assister à la présentation, se connaissaient intimement. Sourires et rires, bisous, tapes sur l’épaule, etc., c’était un peu à se demander ce que nous faisions là, assis au fond de la salle et derrière toutes ces personnes bien coiffées, en costumes ou tailleurs.

Le maire de Tours fit une entrée sans effusion et la présentation commença aussitôt. Après la projection d’une courte vidéo dédiée aux 8 sites du projet, il a présenté sa collaboratrice de l’Urbanisme et a tenté une petite vanne sur le fait qu’à la Mairie on faisait bosser dur les femmes parce qu’elles sont meilleures que les hommes. On s’est regardés avec mon camarade pendant que l’assistance se fendait d’un « Ha Ha » poli. Comprenne qui pourra, les employé.es de la Mairie, je suppose. Bref, moins de deux minutes chrono plus tard — c’est le temps qu’il aura fallu au maire pour présenter Devenir-Tours et parler d’une agence d’urbanisme chargée de « chapeauter » l’organisation, il nous invitait à le questionner. L’urbanisme, comme chacun sait, est un puissant instrument de pouvoir, donc un domaine en général réservé aux élites politiques dominantes ; les questions se devaient d’être à la hauteur. En rhétorique, une question peut tout à fait porter un discours. En ce qui me concernait, je supputais les réponses du maire à mes questions, mais j’avais envie de les entendre de vive voix et d’en partager la substance avec un large public.

Le 244 rue Auguste Chevalier
ou l’art de jeter l’art et les gens à la rue


J’insiste sur le fait qu’il y a tellement de gens au chômage à Tours et dans les environs (Selon l’Insee : 29.000 sans activités, ou plus de 50.000 en tenant compte des formules précaires) que c’est l’occasion de soulager Pôle emploi et de faire travailler le plus de personnes possible. Pour l’instant, les partis d’opposition n’ont pas eu l’air de se mobiliser là-dessus, comme si la vente de terrains communaux allait de soi ou comme si le travail n’était pas un sujet porteur. C’est dommage parce qu’à partir de ces 10 sites et plus, pas mal de combinaisons sont envisageables en expérimentant des schémas micro-économiques inédits en France. Il y a des modèles à ne plus suivre et d’autres à mettre en place. Une ville de la taille de Tours pourrait tenter de nouvelles voies et faire école. Mais tant que les élus démissionneront des luttes que nécessitent leurs fonctions au profit de leur réussite…

On verra, mais le modèle dominant, dont les limites sont atteintes, doit être dépassé.

En attendant, à moins que ces 10 projets ( et plus ) soient « ficelés », ça valait donc la peine que je me déplace pour poser mes questions.

C’est vrai que pour ma part, je verrais mieux une coopération des talents et des énergies qu’une épreuve du tous contre tous. J’en parlais déjà pour les quartiers Beaumont-Chauveau il y a presque dix ans, imaginant une cité rayonnant autour des industries scéniques, comme le théâtre, le cinéma, voire les arts dans leur ensemble mais en privilégiant les modes de fabrication, en générant « une cité » autour de ces ateliers de micro-industrie, par des établissements divers d’accueil, de formation et de restauration.

OK, je digresse…

En même temps, je dis ça parce que j’ai bien entendu la philosophie d’un promoteur ce matin, du genre : « Être tous d’accord ça ne fait pas avancer les choses ». La planète part à vau-l’eau, des révoltes éclatent un peu partout dans le monde, des guerres, des catastrophes, des exodes et des famines alimentent nos médias et, selon lui, si je comprends bien, il faudrait continuer sur ce même schéma destructeurs. Quel projet innovant ! Donc exit le participatif chez la plupart de ces gens, qui inscrivent la division au fronton de leur carrière, et tant pis pour les autres et la communauté.

Certes, je trouve ce concours très peu louable, et c’est pourquoi je pense qu’il est nécessaire de le revoir entièrement avec les Tourangeaux/elles des quartiers, absents ce jour de la salle 121, sans doute à cause d’une information difficile d’accès au grand public, d’une part, et surtout parce qu’en même temps des personnes concernées avaient rendez-vous sur le site de l’échangeur, ce qui n’est pas beau joueur. Dehors dans le froid et loin des Halles, elles ne pouvaient pas poser de questions. Un débat méritait d’être tenu dans une grande salle, il n’est pas trop tard.

Ah oui, j’oubliais, un camarade de projet a posé la seconde question. Il voulait savoir si la présence de promoteurs ne risquait pas de nuire aux projets associatifs, moins nantis. Réponse : « C’est un projet assez participatif comme ça ! ».

Circulez !

Ensuite, nul n’a voulu se saisir à nouveau du micro et, après un très bref silence, le maire a aussitôt remis la suite de la présentation à son assistante avant de partir. Au fond de la salle, on était quelques-uns à se regarder et à n’en pas revenir.

C’est bon, nous en savions assez, mon ami et moi avons filé avant lui. Voilà, vous savez tout ou presque.

Je récapitule. Ces dépossessions maquillées aux couleurs d’un avenir radieux méritent une vraie consultation et nécessitent donc une remise à plat totale. Pour que Tours reste aux Tourangeaux/elles, nous avons besoin d’œuvrer dans un esprit de coopération. Il ne faut rien vendre, il est nécessaire de mettre ces sites en valeur dans l’intérêt général, non pour celui du lobby immobilier, et faire correspondre toutes nos idées les unes avec les autres. Il y a trop de division dans nos sociétés, ce n’est plus possible de continuer comme ça. Reprenons tous ensemble ces projets et pérennisons une action commune dans le temps et la durée.

Pour aller sur le site de Devenir.Tours :

***

Prochainement sur TOURS-la-Commune-des-Turon.es :

Perspective 2020 et suivants, ou une autre façon de concevoir la vie de la cité par la participation de chacune et de chacun.

A bientôt

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#Devenir-Tours#Tours#urbanisme

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