De l’Art, Citoyen.nes !

En cette fin d’année 2020, si je m’arrête au magazine « En Touraine » du département et au premier « Tours-Métropole, le MAg » après son changement de présidence, je dirais que les plus grands oubliés sont les auteurs, au féminin comme au masculin. La preuve en deux actes et un épilogue.

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Premier acte : panorama sur « Tours Métropole le Mag » :

D’abord, l’indéfectible mausolée CCC OD, temple anti-démocratique par excellence de la culture de caste de la région, réussit à se placer avec une programmation autour du très passionnant centenaire d’Olivier Debré, dont tout le monde sait que ses trop grands tableaux plombent la surface d’exposition d’un lieu passé de vie à trépas.

L’aquarium du CCC : Un lieu de vie du temps de l’Ecole des Beaux-Arts devenu un no man’s land privatisé. Ce lieu doit s’ouvrir aux expressions locales dans une beaucoup plus large acceptation que celle du petit noyau courtisan, qui méprise toutes les expressions qui ne s’affichent pas sous ces cimaises.

Un petit tour à la bibliothèque de Parçay-Meslay avant d’aller à Saint-Etienne-de-Chigny et à Villandry, où deux structures associatives s’en tirent bien, et c’est terminé.

Dans ces conditions, après un édito de projets théoriques signé du nouveau président Wilfried Schwartz, la vie culturelle est donc vouée à pas grand-chose alors que le tourisme d’affaires, les entreprises et les lobbys du bâtiment, de la voirie et de l’urbanisme sont à l’honneur. Comme le sport est également bon élève au milieu de quelques effets d’annonces vertes bon ton, ce magazine au rédactionnel insipide reste ancré à droite dans la pure lignée propagandiste de son précédent leader. On verra le prochain, quand la nouvelle équipe aura compris que ce magazine, aussi bien dans le fond que sur la forme, joue contre elle, de la même façon que le numéro de septembre du magazine de la Ville de Tours a raté sa communication sur les Chantiers de la Création et les Inattendu.es.

Affiche de la 13° édition des Chantiers de la Création, cette fois-ci avec les Inattendu.es, l’animation mise en place par la nouveau maire de Tours pour redonner aux acteurs culturels du territoire un souffle nécessaire après le premier confinement. 

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Deuxième acte : panorama sur « En Touraine » 

Le magazine du département fait un peu mieux culturellement que son camarade de la métropole mais ses rédactionnels sont pires encore. Ce qui choque en feuilletant cet outil de communication institutionnel, c’est l’hypocrisie de la droite locale pour se mettre au vert après l’élection du nouveau maire de Tours afin de briller auprès d’un nouvel électorat ; cantonales 2021 obligent.

Quelques lignes sans aucun détail sur leur financement au sujet de structures culturelles ; quelques autres sur des œuvres et des artistes du cru, mais toujours si mal écrites que l’intérêt fond aussitôt, mis à part une citation d’un grand poète du passé. Je note au passage un appel au secours de la détresse du monde associatif avec une photo totalement décalée du Bateau ivre, alors que sur la page suivante le « bateau amiral » de la Culture de Joué-lès-Tours, la salle Malraux, empoche 300.000 EUR.

Sinon, à part quelques bons points distribués à des structures associatives dont on ignore tout de leur budget de fonctionnement, il n’y a pas grand-chose sur les artistes et RIEN sur les femmes et les hommes de lettres en Touraine, alors que nous sommes tout de même assez nombreux (je ne parle pas des auteur.es édité.es et moulé.es par les comités éditoriaux imposés par les diffuseurs, cela va sans dire, mais des expressions indépendantes et libres).

Bref, si la surface en faveur de la culture représente environ 3% de ces deux magazines, au vu de la vacuité des propos et du caractère promotionnel de leur contenu, je comprends que les auteur.es soient absent.es de leurs radars. Ces outils de communication sans saveur sont si mal rédigés qu’il est aisé de comprendre que leurs directions ne sauraient reconnaître celles et ceux qui font la littérature au présent sur le territoire.

Chèr.es ami.es écrivains et écrivaines, que vous soyez enchaîné.es par des éditeurs ou libres de vos mouvements intellectuels, on est mal barré.es, j’vous l’dis.

En plus, à la Métropole, ils ne savent même pas écrire correctement « Vallée de la Loire » qu’ils sont obligés de l’écrire en Américain. C’est dire la perte du sens de notre culture au pays où l’on se gausse d’être la région parlant le plus pur français de l’hexagone. Ronsard se retourne dans sa tombe du Prieuré de Saint-Cosme. Mais t’inquiète, mon Pierrot, on va y remédier.

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Epilogue :

D’un côté, je suis consterné, de l’autre je ris à gorge déployée, mais au milieu je sais que les artistes et les auteur.es de Touraine, et je pense à celles et ceux qui ne corrompent pas leur talent, ont du pain sur la planche.

Le schéma culturel va de lui-même être modifié dans les mois à venir. Même chez les fayots ça va mal se passer et ils vont se bouffer entre eux, c’est sûr.

Mais nous, les vrais enfants du ciel, réjouissons-nous du monde où nous vivons et nous aurons toute latitude pour créer et rendre visible nos destinées, appelées à ré-enchanter nos quartiers.

Les institutions locales vont avoir besoin de nous, parce nous sommes les seul.es à pouvoir les sortir du merdier dans lequel plus de trente années d’une politique de fossoyeurs du sens et de l’intelligence a propulsé notre territoire et sa population. Il n’y a qu’à voir le sort subi par la bibliothèque de Tours pour s’en rendre compte, ou la dégradation de l’Ecole des Beaux-Arts en Ecole d’Art et de Design pour mesurer l’étendue de l’irresponsabilité et de l’inculture érigée en vertu par ces mauvais terrassiers, dont quelques-uns, malheureusement, sévissent toujours dans nos institutions locales. 

Notre mission est à la mesure du défi citoyen et culturel que nous continuerons de mener avec les Chantiers de la Création, et ce dès la sortie de ce second confinement, vous pouvez me croire, mille sabots !

Bien à vous.

Première représentation de « Coup de chapeau », la pièce de Marie CHERRIER. Esplanade de l’ancienne mairie de Saint-Symphorien, samedi 10 octobre 2020. Photo Maxime Mikolajczak.

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